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Combat de catch au merveilleux pays du paganisme : Sorcières vs. Prêtresses, Round 2.

FIGHT !

On finira vraiment par penser que j'ai une dent contre la prêtrise et les prêtresses. Pourtant, comme je l'ai expliqué précédemment, étant autant l'une que l'autre, il serait bien malvenu de ma part d'essayer d'en écraser une pour faire triompher l'autre (ou bien j'ignore que je suis atteinte de schizophrénie, mais jusqu'ici, aucun médecin ni proche ne me soupçonnait de pareil trouble). Cependant, à présent que j'ai fait un petit tour d'horizon de la mode prêtresse, une mode qui est à la fois un effet de masse et qui a des répercutions dans les individus, après avoir fait le tour sur quelques blogs ou forums, je songe à la poursuite de ce phénomène, cette fois dans un effet de construction de traditions et de groupes.

Ce round suit le précédent, mais est non moins important à mon sens. Il est vrai que certaines personnes considèrent être à la fois prêtresses ET sorcières. Cependant, la plupart du temps, dans leur discours de présentation, c'est la prêtresse qui est mise en avant. Une telle suit le chemin de la prêtrise, une telle est prêtresse de la Déesse, unes telles veulent ouvrir un temple de la Déesse en France, animé par des prêtresses (non, je n'ai pas l'intention ni de diaboliser, ni de louer cette initiative, ni de donner ici un quelconque avis personnel [bien que j'en aie un, bien entendu] ; ceci sort complètement du but de cet article et ... bref, ce n'est pas le sujet)...Si je parle spécifiquement de ce projet de temple, c'est parce que ce projet est d'une ampleur certaine et appelle au questionnement de ses fondations, de ce qu'est en soi, la "prêtrise de la Déesse" aujourd'hui, en tant que mouvement, et non pas en tant qu'engagement personnel et intérieur.

Soudain, telle une illumination foudroyante qui aurait dû me laisser morte carbonisée si nous vivions dans ce temps affreux patriarcal où les femmes avides de savoir et de connaissances se faisaient foudroyer par Zeus pour avoir voulu le voir en face ... enfin, telle une illumination, je disais, je me suis rendue compte qu'un glissement sémantique s'était opéré entre sorcières et prêtresses. Pour le dire de manière plus parlante : les prêtresses ont fini par adopter certaines parties du vocabulaire sorcier sans pour autant signifier qu'il y a pratique de sorcellerie. Ce vocable si familier au milieu paganisant, comme sabbat ou esbat, semble avoir subi une sorte de mutation liée à un phénomène de masse : la plupart ont simplement oublié leur véritable sens.

En effet, "sabbat" (dont l'étymologie vient d'un ancien Dieu thrace Sabazios [pour plus de détails, chercher dans l'ancien blog Discor-dianique l'article expliquant l'origine de ce mot, ou simplement cliquer ici) désigne clairement dès le Moyen-Âge une cérémonie de sorcellerie, et non un quelconque rite lié à la notion de prêtrise, ou au fait d'honorer un moment de l'année. Voilà pourquoi de nombreux mouvements non wiccans ou non sorciers, conscient de la prédominance de la prêtresse dans leur fonctionnement, s'interrogèrent sur ces notions et choisir d'appeler ces fêtes simplement, du nom de "fêtes saisonnières". C'est là un point qui me semble important et nécessaire : celui de s'interroger sur les buts propres qu'on poursuit, sur les mots qu'on utilise afin de s'approprier pleinement sa voie et ne pas se mêler involontairement à des concepts qui, au final, ont peu de choses en commun avec soi. Ainsi, à quoi bon vouloir absolument parler de "sabbat" s'il n'y a pas acte de sorcellerie? Les Celtes qui célébraient les quatre fêtes (auxquelles les Wiccans ont ajouté les équinoxes et solstices, puisqu'il n'est pas absolument avéré que les Celtes les fêtaient) de l'année n'appelèrent jamais leurs fêtes "sabbat", pas plus que les Romains, Grecs, Germaniques, Nordiques, Egyptiens etc ... L'aboutissement d'un mauvais usage d'un mot est d'en diluer son sens, et de finir par lui octroyer un sens si général, si appauvri, qu'on ne comprend plus grand chose quand on en parle. Ainsi, ce qui devait désigner à la base une fête sorcière, devient un synonyme de toute fête païenne. Plus encore, et ceci porte préjudice directement à ceux qui souhaitent se consacrer à la prêtrise : cela les assimile à une voie qu'ils ne souhaitent pas emprunter, et les empêche d'exister comme une entité à part, différente des wiccans et des sorciers. Et ainsi, le néophite qui ne sait rien est assuré d'avoir tout le plus grand mal du monde à comprendre la différence entre une wiccane (qui poursuit sa voie liée à la sorcière et à la prêtresse), une sorcière (donc non wiccane) et une prêtresse (également non wiccane).

"Esbat" constitue le même problème. Jusque Gardner, ce mot n'existe pas. Ce terme a été inventé d'après un poème en ancien français, vient de l'ancien français "s'esbattre", c'est à dire, "s'ébattre", "faire des réjouissances dans une ambiance de liberté" avec des connotations de liberté sexuelle que certains pourraient aussi comprendre comme des orgies. On en trouve la description dans Aradia, Gospel of Witches ... et c'est fort loin des célébrations de pleine lune telles que l'envisagent les adeptes de la voie de la prêtresse. C'est donc encore un terme spécifiquement lié à la sorcellerie. Alors j'aurais tendance à me dire : mais que diable veulent ces prêtresses non Wiccanes/sorcières à vouloir absolument utiliser ce vocabulaire inadapté à leurs pratiques?! Est-ce parce que ces termes sont devenus tellement courants que plus personne ne s'interroge sur leur contenu et leur portée réels?

Certes, certaines prêtresses se voient aussi sorcières. Mais lorsqu'il est question de formation à la prêtrise, ou de cercles de prêtrise, donc des structures estampillées "prêtresse" (ou chacun reste libre d'être ce qu'il/elle veut à côté : sorcière, druide, chamane etc ...), ne serait-il pas plus judicieux de garder un vocabulaire neutre ne se rattachant pas à une sorcellerie dont ces structures ne se réclament pas? Ou bien, dans le cas contraire, dire clairement que cette prêtrise est aussi une pratique de sorcellerie (et la pratiquer si on le dit!).

D'accord, on est à l'ère d'un monumental syncrétisme et je suis la première à dire que cela peut être très positif d'apprendre à connaître les autres cultures, reconnaître des aspects de nos croyances chez nos voisins, mais utiliser à tort et à travers, sans en avoir conscience, certains mots spécifiques de vocabulaire, n'est-ce pas risquer de faire tomber tout un élan riche et fécond dans une soupe new-ageuse, où tout est bon à prendre? Le message qu'on veut transmettre, n'est-il pas plus porteur lorsqu'on est rigoureux dans le vocabulaire et les notions employées?

Je me souviens (oui, il en fallait au moins un) ... il y a bientôt dix ans, lorsque tous ceux qui voulaient pratiquer la sorcellerie se disaient automatiquement Wiccans, car alors c'était devenu un mot si banal que les nouveaux venus assimilaient de fait sorcier à wiccan ... Je me souviens que nos amis les Gardnériens leur répondaient : Pourquoi voulez vous absolument vous faire appeler Wiccans alors que vous n'en suivez pas les préceptes? Ils étaient un peu tatillons sur tout ce qu'il fallait suivre pour avoir le droit de se faire appeler "wiccan", mais dans le fond, il avaient raison d'en appeler à réfléchir sur l'essence des mots. Afin de préserver la saveur de chaque courant.