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Aujourd'hui en France, la Charte de la Laïcité arrive dans les écoles. En tant qu'enseignante, je sais que ce genre de démarche se révèle parfois réellement nécessaire, à une époque où certains courants religieux radicaux ou extrémistes s'affichent de plus en plus sur la scène publique (éclipsant par ailleurs une majorité de personnes de la même religion, mais qui n'ont rien de radicaux, faisant ainsi passer ces religions pour des courants rétrogrades voire agressifs/misogynes/homophobes/racistes etc ...).

La laïcité est un thème qui a déjà été discuté dans le milieu païen, surtout quand il est question de reconnaissance du paganisme au niveau de l'Etat, et pas seulement d'être connu des populations. Je pense que la question de la laïcité est au cœur de questionnements importants au sein d'un mouvement comme le paganisme, tout jeune et avec une forte attente et demande de reconnaissance. En ce qui me concerne, je ne demande ni ne désire aucune reconnaissance du paganisme de manière officielle. Parce que justement, la laïcité n'est pas une contrainte mais une chance. La laïcité est la garantie pour nous de croire et pratiquer en ce qu'on souhaite. Nul ne peut nous poursuivre pour nos pensées, nos croyances ou nos pratiques tant qu'elles respectent les lois, tant qu’elles respectent ce principe voulant que religion et spiritualité soient des activités qui relèvent de la sphère privée et non pas publique. La laïcité est liberté et tolérance.

La laïcité est aussi un concept « très français ». Le paganisme actuel est très influencé par mes modèles anglo-saxons, dont la tradition est depuis des siècles basée sur une assez grande liberté de s’assembler pour célébrer, ceci étant fondé sur une reconnaissance des dites communautés. Ce modèle peut être séduisant pour certains, mais n’est pourtant pas la panacée puisqu’il engendre des séparations dans la société, des compartimentages, et n’entraine pas forcément pour autant une plus grande tolérance de la part des uns et des autres. C’est parfois même le contraire, puisque la société n’est pas comprise comme une union d’individus, mais un ensemble de communautés avec leurs particularismes propres. Ca peut devenir le "chacun chez soi", gardé jalousement, protégé avec méfiance. Dans l'absolu, ce modèle n'est ni meilleur ni pire que celui de la laïcité, cependant, la laïcité impose un respect que l'organisation communautaire laisse à la discrétion de chacun. Et en des temps troublés par des extrémismes, comme c'est le cas ces dernières décennies, les particularismes visibles et revendiqués causent souvent plus de tensions, car ils sont vécus comme des agressions par les membres d'autres communautés, comme des intrusions dans leur univers, des intrusions qu'ils aimeraient voir disparaitre.

Pour ma part, il m'apparait que la religion ou la spiritualité ne relèvent définitivement pas de la sphère publique, et que nos sociétés ont déjà bien assez de problèmes pour chercher à diviser plus encore par des croyances et des appartenances communautaires ouvertement affichées et revendiquées auprès d’autrui. Dans l'Antiquité, le paganisme était un élément de ciment de la société. Les cultes officiels étaient partagés par tous, ils avaient également des fonctions politiques en unissant une cité/peuple autour de rites destinés à protéger et perpétuer la communauté. Même lorsque des cultes particuliers ou privés se sont développés, la religion était un élément sociétal qui avait autant à voir (et parfois plus) avec la religion qu’avec la politique ou le patriotisme. Nous ne vivons plus dans une telle société. Nous avons la chance de pouvoir choisir. Nous pouvons parler librement, penser librement, croire librement, nous assembler librement. La laïcité est un socle sur lequel peut reposer une cohésion qui reconnait les particularismes et les efface dans le domaine public, pour le bien de tous, pour la sauvegarde même des particularismes. Chacun chez soi, sans déranger son voisin dans la vie privée, tous mobilisés pour le bien commun. Discours idéaliste? Peut-être. Mais la laïcité est en France le nouvel autel de la Patrie, le nouvel Ara Pacis/Autel de la Paix où nous pouvons déposer nos différences pour essayer de faire de ce pays un endroit meilleur où vivre. Et il y a du boulot! Mais autant essayer tout de même.