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Cela fait un moment que je gravite dans la sphère des fidèles, des adeptes, des amoureux, des disciples et j'en passe de Loki. De manière discrète, à dire vrai. Je ne suis pas nordisante. J'ai bien sûr de la saine curiosité vis à vis du monde nordique, des pratiques et des croyances, mais à moins qu'une révélation à venir ne se produise (ne pas dire « fontaine, je ne boirai pas de ton eau »), jusqu'ici, je sais que ce n'est pas ma voie. Avec tout le respect pour ceux pour qui c'est la voie, cela va sans dire.

 

J'ai cependant un lien avec deux « divinités » nordiques depuis longtemps. La toute première qui est venue à moi était Mimir. J'avais 7 ou 8 ans, je connaissais son nom, son histoire, tout ça sans l'avoir jamais lue ni avoir eu quelqu'un pour me la raconter. Et je chantonnais une petite comptine de mon cru à son sujet. Je ne sais toujours pas d'où ça m'est venu : inconscient collectif, intuition, inspiration … les enfants savent beaucoup de choses de manière inexplicable, dit-on.

 

La deuxième divinité, c'est Loki. Lui, je ne l'ai jamais cherché, et il n'est pas non plus venu à moi directement, enfin je veux dire, comme un dieu, par un appel ou une vision. Non, jamais. Loki est apparu dans ma vie lorsque j'avais 17 ans par le biais d'un de ses disciples, et ensuite, il ne m'a plus jamais quittée. Loki est dans ma vie celui qui s'incarne, celui qui vit, et aussi celui qui se réincarne. Encore et encore. Il ne me laisse jamais. Je ne compte plus combien de Lokis vivants ou apparentés j'ai rencontré depuis mes 17 ans. Pas juste des tricksters, des roublards ou des malins, mais vraiment des gens qui s'en réclamaient, adoptaient son nom, se reconnaissaient sous son égide et son esprit, et ce, longtemps avant que les films de Marvel ne popularisent le personnage.

 

Loki, j'ai l'impression de l'avoir aimé tant de fois, sous plusieurs visages, sous plusieurs facettes. C'est ainsi que j'ai appris à le connaître, loin des descriptions érudites des grandes sagas nordiques.

Il y a ces dieux que j'étudie depuis de nombreuses années, les Romains et un peu de Grecs aussi, des Etrusques ou d'autres divinités de l'Italie ancienne, et ceux du monde hellénistique, qui sont tellement synchrétiques. Avec ceux-là, j'ai une relation très forte, mais beaucoup plus intellectuelle. On bosse ensemble, eux et moi. Il n'y a probablement que Dionysos qui échappe le plus à la règle, et dans une certaine mesure des dieux comme Attis, Diane ou Isis (et Eris!). Les autres, j'entretiens quelque part une relation très romaine avec eux. Do ut des, je donne pour que tu donnes. Relation très contractuelle. Je leur voue suffisamment de mon temps de travail, on est dans des relations de respect mutuel.

Mais Loki est sûrement la divinité avec laquelle j'ai un rapport le plus direct et le plus instinctif. De personne à personne, à dire vrai. Il est celui qui s'incarne dans ma vie, encore et encore ; il est la divinité que j'ai à la fois le plus rencontré à travers l'Autre et qui est la divinité guide de l'Autre. Oui, bien sûr, je n'oublie pas que c'est un dieu, mais je n'imaginerais pas lui rendre un culte, lui faire des offrandes, sauf en cas très spécifiques. Et alors, ce sont des offrandes vraiment très, très spécifiques. Rien de bien traditionnel, ce qui tombe bien puisque traditionnellement, il ne recevait pas de culte particulier. De fait, Loki était un autre dieu vagabond. Pas dans le même genre qu'Odin. Le genre de dieu sans foyer, sans lieu de culte, sans honneurs rendus. Ce n'est pas pour rien qu'il est souvent perçu comme une sorte d'ombre d'Odin, une autre face de la même pièce, le « mauvais » frère. On ne peut opposer clairement que ce qui, dans le fond, a suffisamment en commun. Ne serait-ce que par opposition.

 

Ainsi, plus que bien des divinités, Loki me semble être celui qui voyage, qui trouve à s'incarner et se réincarner dans des personnes bien humaines, bien vivantes. Des personnes qui, pour bien des raisons, l'accueillent, un accueil qui est généralement plus de fait que par une volonté bien définie. Loki vit, se meut dans le monde matériel, fait résonner son rire sonore par bien des voix, nous joue des tours et des entourloupes par mille formes d'ingéniosité. Loki me semble être l'un des dieux les plus "humains".

 

Je ne peux définitivement pas faire d'offrande à Loki, ou réaliser une cérémonie « traditionnelle » pour lui comme s'il était un dieu lointain, parce que Loki, ça fait plus de dix ans que je vis avec, et que ça ne vous viendrait pas à l'idée de rendre un culte à un de vos proches. Il va, il vient, il s'installe parfois. Je finis par lui passer beaucoup de ses frasques, je souris à ses tours (même quand ça tombe sur moi), et je m'émeus, comme à mes 17 ans, de la candeur qui ressort parfois de cette fripouille qui peut sembler sans cœur. Il m'a poussée à revoir beaucoup de choses sur ce qu'est la morale. « Morale quoi ? », dirait-il. Ses règles ne sont pas les mêmes que celles qui régissent la plupart du temps les sociétés. J'ai évolué, à son contact. Des bien-pensants diraient qu'il a eu mauvaise influence ; en vérité, il m'a plutôt obligée à revoir toutes les règles que j'avais apprises et intégrées, une à une, et à décider pour moi-même ce qui est bon et ce qui est mauvais. Il m'a appris la légèreté du sarcasme et de l'ironie. Et dans ces comportements et ces attitudes, perçues la plupart du temps comme perturbatrices, désobligeantes, borderline et malignes (dans tous les sens du terme) dans la société, à sa suite, il m'a aussi appris à rester légère et insouciante. Simplement joueuse, dans son acception la plus neutre. Sans jamais devenir l'une de ses incarnations. Dans cette histoire, je serais plutôt du genre "la compagne du Docteur" (de nombreux fans comprendront - position au passage largement fantasmée, à tort ou à raison, c'est selon ... -).

 

On croira que ceci est un discours d'apologie de vices et de défauts détestables. Ce n'est pas le cas. Loki est fourbe et trompeur, mais il ne se prend pas au sérieux. Il ne passe pas sa vie à se monter un ego surdimentionné (sauf chez Marvel), il ne peut qu'être prêt à assumer les critiques, ou du moins les subit car il sait que c'est de toutes manières ce qui arrivera. Il se prend de grosses baffes, et ensuite, il recommence. Jusqu'à la fin des temps, parce que c'est sa nature. Parce qu'il est nécessaire que les tricksters existent, qu'ils s'incarnent sur terre et non pas qu'ils restent dans un ailleurs invisible. Du moins pas uniquement. Sans eux, l'ordre ne serait que détestable et qu'ennui. Ils sont un rouage tonitruant de la vie.

 

Loki est celui qui s'incarne. Et chaque jour, je compose avec ses facéties. Tour à tour, que je l'adore ou que j'aie envie de l'étriper. Lui et moi, on se suit.