unicorn_and_stonehenge

 

 

Aujourd'hui, j'ai une énième fois lu quelque part sur la toile paganisante des propos que j'ai trouvé complètement stupides. Oui, je le dis sans détour. Sans chercher à rendre la chose plus diplomate, moins apparamment condescendante. Non, j'ai trouvé ça vraiment débile. Et puis je me suis retenue d'y ajouter le moindre commentaire. Je vieillis, j'essaie de devenir plus sage, ou à défaut, de foutre la paix aux gens. Je n'y arrive pas toujours, mais j'y travaille. J'ai déjà trop de choses à faire, trop de travail sérieux, urgent et portentiellement ennuyeux. Et quand je ne fais pas ça, j'aspire de plus en plus au calme et à la sérénité. Il y a toujours ces deux parts de moi, l'une qui est outrée en lisant des bêtises et qui se sent l'âme d'un croisé, et l'autre qui aime bien jouer un peu au jeu de l'ironie et parfois du cynisme. Mais avec le temps, je trouve de plus en plus que ça en prend trop, du temps que je voudrais consacrer à autre chose. Et puis à quoi bon, je ne peux pas changer les choses ou les gens. Le monde ira où il a envie d'aller.

 

Quand il y a 10 ans, déjà, j'ai décidé de me spécialiser dans l'histoire ancienne, dans l'histoire des femmes et de la religion à Rome, j'étais pleine d'idéaux grandioses. Je voulais, comme beaucoup, participer au grand oeuvre de l'univers sorcier et/ou paganisant, apporter une contribution que "moi-seule" pourrait apporter, non pas parce que personne ne serait suffisamment intelligent pour le faire (je n'en suis pas à ce point ...) mais parce que c'est moi-même qui me proposais de le faire, que personne n'avait choisi cet angle d'approche, ces recherches, cette thématique travaillée de la sorte. Je me voyais un peu comme une sorte de sybille historienne, dont la contribution serait aussi un don gratuit que je faisais de moi-même. Pas un don complètement désintéressé non plus, car si je ne cherchais ni la célébrité ou la gloire ou une renommée grandiose, j'espérais au moins d'une part en faire mon métier et en vivre, et d'autre part, j'espérais que cela pourrait être utile à d'autres qu'à moi. Si pour le premier point, ça ne va pas trop mal (quoique les espoirs de vivre uniquement de recherches universitaires restent assez médiocres en France de manière générale pour les sciences humaines), j'ai peu à peu fini par comprendre que pour le deuxième point - qui avait tout de même été une de mes motivations initiales - et bien je pouvais toujours m'assoir dessus. Mon travail, pour intéressant et constructif qu'il soit, était désormais souvent d'un niveau non pas inaccessible au commun des mortels, mais dont la lecture n'est pas suffisamment distrayante pour être attractive. Les écrits universitaires, à part pour se donner un coup de massue les soirs d'insomnie, ce n'est pas le genre de lecture plaisante qu'on fait pour s'instruire en se divertissant. Il n'y a pas de paillettes, pas de formule romancée, et pour trouver du rêve, il faut avoir une imagination bien entrainée. Je le sais pour avoir vu les miens prendre des teintes durement réalistes au fil des années. Là où j'ai gagné en précision et en proximité avec ce que l'on peut savoir de la "réalité", j'y ai perdu en sentiment épique, en enthousiasme inspiré, en regard émerveillé. Du moins, je me bats encore parfois pour conserver ce qui peut l'être, car après tout, en faisant un petit effort, on peut toujours garder "son âme d'enfant", ou de grand enfant. On peut toujours réussir à s'émerveiller de la nature humaine, en dépit de la cruauté, de la corruption, de la haine, de la violence ...

 

Bon et puis sinon, je ne suis pas toute seule non plus à travailler pour que des connaissances historiques soient mises à disposition du plus grand nombre. Il y a en fait pas mal de monde qui le fait, et beaucoup de ces gens ne font absolument pas partie de la sphère pagano-sorcière. Il n'en demeure pas moins qu'ils existent et qu'ils se trouvent facilement dans toute bonne librairie (et probablement via des sites de commande par correspondance). Oui mais voilà, le temps passe, et parfois, je ne vois pas beaucoup plus de changements, comparé à il y a 10 ans (et je ne parle bien entendu pas uniquement du micro sujet des femmes et de la religion à Rome). Combien de fois je me suis dit que le paganisme en France méritait sa réputation d'illuminés new age ou au mieux, de gentils rêveurs un peu neuneus. Ah je ne dis pas que je ne suis pas neuneu, je crois fondamentalement que nous le sommes tous à degrés divers. Je ne dis ni ne pense pas que mes convictions ou pratiques, faute de parler de croyances, sont moins ridicules que celles du voisin/e. Tout ça fait partie de ma vérité intérieure, de mon système de perception du monde et des choses qui gravitent autour (en haut, en bas, en biais, et tout le toutim), et c'est vrai parce que je sens ça comme ça et pas autrement. Pour moi. Mais au moins, je sais faire la distinction entre la perception que j'ai des choses, ce qui pour moi relève du ressenti et de l'inspiration, et les lois de la physique/de l'histoire/de l'anthropologie etc ... Bref, je ne prends pas mes rêves pour des réalités. Et quand je parle de rêve, je ne parle pas de néo-shamanisme, d'UPG ou quoi que ce soit, non, je me contente juste de ne pas réécrire l'histoire (par exemple en inventant des divinités "qui existent de tout temps", des ordres de prêtresses qui existaient "plusieurs siècles avant J.-C. c'est à dire quand les Romains dominaient encore l'Angleterre (!)" etc ... etc ... bon sang c'que la liste pourrait être longue!).

 

C'est ça, ça m'énerve!

 

Il y a plusieurs années, quand j'étais toute jeune étudiante, je me demandais ce qui pouvait bien empêcher des gens, qu'ils soient païens, sorciers, shamans, néo-druides, trucs fluos en peluche avec une corne sur le front ou autre, d'ouvrir un foutu vrai livre d'histoire avant de poster partout des âneries. Et même juste de croire à ces âneries. C'est qu'en plus ces âneries sont prolifiques, elles ont une bonne visibilité sur le net. C'est ballot pour ceux qui essaient de donner une image bien sérieuse du paganisme au grand public. Tant d'efforts si aisément ruinés parce que ce que veut le grand public en général (enfin le même public qu'on retrouve devant les télé réalités), c'est du fun, du paillettes, du gentil doux-dingue dont on aime bien rire un peu. Allez, ne soyons pas triste, c'est toujours mieux que d'être pris pour des méchants satanistes qui sacrifient des chatons les soirs de pleine lune (et tout le monde sur le net le sait, on ne touche pas aux chatons, même pas en pensée!). Quoique c'est discutable, d'une certaine manière, les gens ont des fois peur pour de vrai, de manière presque sérieuse (si ce n'était pas irrationnel) des fidèles de Satan.

 

Du reste, je parle d'histoire parce que c'est mon domaine, certes. De manière générale, raconter n'importe quoi sur des réalités vérifiables est ce qu'on pourrait qualifier de bêtise objective, par exemple, cette histoire de prêtresses et de domination romaine (voir ci-dessus). Il y a aussi la bêtise qu'on pourrait nommer subjective. Ce sont les choses qu'on trouve vraiment idiotes parce que ce n'est pas notre sensibilité, qu'on trouve ça ridicule, kitchouille, proche de l'heroic fantasy, naïf, new age etc ... Comme tout le monde je suppose, il y a de ces trucs qui me hérissent les poils de manière subjective, que je trouve débile comme ça. Parce que ça me semble creux, parce que ça me semble tiré par les cheveux, parce que quelque part, ça chatouille dans le mauvais sens du poil des trucs auxquels je tiens, ou pour d'autres raisons de ce genre. Je dis "je", je pourrais dire "vous" aussi, puisqu'on est tous concerné. Qui n'a jamais pesté contre des fluffy/new age/reconstructionnistes/wiccans/sorciers/mediums/ufologues/druides/prêtre(sse)/chaote ... Oui! Vous, moi, on est probablement le neuneu subjectif de quelqu'un d'autre, qui a probablement ses raisons.

 

ned-flanders-self-flagellation

Tout ceci est un fatras de péché d'orgueil!

(Oh ouiiii Cernunnos, fouette-moi!)

 

Bon, j'ai brossé un tableau qui n'est pas très joie. Il y a quand même des bonnes choses, sur le net pagano-sorcier. Heureusement d'ailleurs, et il y a de belles contributions qui méritent d'exister et d'être diffusées. Je souhaite tout le meilleur à tous ces contributeurs. Quant à moi, aujourd'hui donc, en lisant ces âneries et que je m'empêchais d'en commenter quoi que ce soit, presque comme un acte fondateur d'un art de vivre avec autrui dans une non-violence presque bouddhiste (ma pensée n'est pas encore bouddhiste, désolée), je me suis dit que oui, pourquoi pas le droit à la bêtise. Je suppose que c'est un droit finalement aussi inaliénable que la liberté de pensée, de croyance ou de parole. Si ça peut faire plaisir. Et ici, j'insiste, il n'est même pas question de jugement de valeur. C'est plutôt une démarche de lâcher-prise. Genre peace and love (et licornes).

 

Je n'ai qu'une vraie maxime qui me tienne à coeur dans la vie, et j'ai toujours apprécié son auteur : "il faut cultiver notre jardin".

Je retourne au mien. J'essairai d'y rester le plus souvent possible.

 

Fluffy de tous pays et de toutes croyances, je vous aiiiiiiiime!!!!!! (non pas faut exagérer non plus ... enfin allez, juste un peu. Paix amour et lumière!)