Discor-dianique Reloaded !

01 mai 2017

Une Walpurgisnacht en Allemagne

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Vivre en Allemagne, même quand ça ne fait pas franchement toujours sauter de joie, a quand même certains avantages. Notamment quand vient la période de Beltane (on peut aussi citer la période de carnaval et le solstice d'été). Là-bas (en tous cas dans la moitié sud de l'Allemagne, je ne suis pas certaine que cette tradition ait aussi bien survécu dans le nord de tradition protestante), la célébration de la nuit du 30 avril (Walpurgisnacht ou Nuit des Sorcières) est encore très populaire. Villes et villages organisent des soirées "Tanz in den Mai", des fêtes populaires comme on en trouve un peu partout en France et ailleurs à dates diverses, où les gens viennent manger, boire et danser, et où on élit souvent dans ce cas une reine de mai. Un mât de mai est disposé sur les places des villes/villages, mais d'après ce que j'ai compris, on n'y danse autour qu'en Bavière et non pas ailleurs. A côté de ça, les bars et les discothèques ne sont pas en reste et elles proposent de nombreuses soirées estampillées "Tanz in den mai". Bref, les mêmes soirées que le samedi soir, mais le 30 avril pour profiter du 1er mai férié. A côté de ça, divers événements ont lieu un peu partout sur le thème de la nuit des sorcières ou de traditions païennes anciennes. C'est grand public, il n'y a pas de célébration religieuse/magique (bien que certaines personnes viennent célébrer de leur propre chef en public, et personne ne s'en émeut) et le feu de joie y tient une place importante. Cet article un petit compte-rendu d'une Walpurgisnacht organisée à 40 km de la frontière belge au Burg Satzvey et à laquelle j'ai participé hier soir.

Source: Externe

Chaque année, le Burg Satzvey organise une Hexennacht accompagnée d'un grand marché médiéval, de concerts rock-médiéval et de spectacle. Cette année, au programme, il y avait notamment un spectacle de bellydance tribal fusion, un groupe de musique inspiration steampunk et en tête d'affice, le groupe Tanzwut. Et contrairement à aujourd'hui, il avait fait un temps chaud et magnifique dans la journée, et la nuit était claire et douce. Il planait une douce atmosphère de réjouissances et de printemps.

 

Une petite découverte musicale germanique pour ceux qui ne connaissent pas le groupe et son chanteur cornu

 

Il faut le dire, le cadre était impressionnant, entre le chateau, la décoration thématique, le grand marché médiéval mais aussi un très très grand nombre de personnes présentes dont la plupart était habillées d'inspiration médiévale ou d'inspiration sorcière. Il y avait de tout, des jeunes, des moins jeunes, des familles, des curieux et des païens revendiqués dans une ambiance bon enfant. A 22h, le plus grand nombre s'est passé devant la scène principale pour le concert de Tanzwut, qui a commencé par une reprise de "L'Hymne à la Joie" joué à plusieurs cornemuses et qui est le commencement habituel de leur tournée actuelle. Une belle introduction en cette soirée de Beltane, en ces temps troubles, qui m'a fait chaud au coeur. Un prière lancée pour la paix et la fraternité entre les peuples.

 

Tanzwut / Berlin / Intro "Freude schöner Götterfunken"

 

Lorsque le concert s'est terminé, il était minuit et il ne restait plus qu'à se diriger vers les prairies au bout du marché médiéval pour assister à l'allumage du grand feu de joie (que les organisateurs de l'événement présentent comme le plus grand de la région). Toute la foule qui était au concert s'y est pressée, et une fois que le feu a été allumé et stabilisé, les pompiers ont retiré le cordon de sécurité pour que la foule puisse se masser autour du feu. Spontanément, tout le monde a commencé à marcher en ronde autour du feu, tandis que certains parmi les plus téméraires couraient plus près du feu en lançant des cris et des exclamations. On m'a expliqué que cette tradition était toujours très vivace un peu partout. Les feux allumés dans les différentes villes et villages sont souvent plus petits mais appellent à la même spontanéité. Plus petits aussi, ils permettent de sauter au-dessus, ce qui n'était pas possible avec un feu si large dans ce cas-ci. Ceux qui prennent part à cette tradition ne sont en général pas païens, mais perpétuent des traditions populaires et rurales qui ne se sont pas perdues entre temps.

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Impressionnant, non?

(moi en tous cas ça m'impressionne!)

 

Il y avait cependant bien entendu diverses personnes et groupes venus pour célébrer également la Walpurgisnacht de manière religieuse et magique. On pouvait ainsi voir plus près du feu des personnes seules ou des groupes procéder à des invocations, des libations ou encore en état de transe (on remarque d'ailleurs une personne en prière sur la deuxième photo). Quant à moi, j'ai marché encore et encore dans la foule, pendant un long moment, parfois au plus près du feu jusqu'à me sentir brûler du dehors comme du dedans, jusqu'à oublier le temps. J'ai couru aussi et j'ai bien ri. Et puis je me suis assise avec les autres pour continuer à contempler le feu. Certains couraient encore, d'autres célébraient encore. Je me suis demandé si ça avait été ainsi dans le passé. Et puis quand le feu avait presque fini de brûler je suis rentrée. Dans la nuit de Beltane et sa magie, dans ses énergies de vie, dans la joie partagée qui flottait partout autour et qui se joignait à la nature printanière et aux aubépines partout en fleurs. J'y ai mêlé tous mes voeux et mes espoirs pour la saison à venir.

Aujourd'hui il pleut et il fait frais, mais je sens toujours cette chaleur brûlante et cette lumière éclatante que j'ai ramenés au fond de moi.


23 février 2017

L'Amérique sorcière anti-Trump mobilisée pour le bannir magiquement

 

tour

Vous ne savez pas quoi faire demain à 6 heure du mat? Bannissez Trump!

 

Voilà quelques jours que je vois tourner cette information sur des groupes Reclaiming. En bref : les mages, sorcier(e)s, covens, loges (etc …) anti-Trump des Etats-Unis (surtout les Etats-Unis, mais manifestement d’ailleurs aussi) s’apprêtent à lancer une grande opération magique pour lier (les actions mauvaises – comprendre : qui causent du tort à autrui, selon l’idée que le mal est ce qui cause du tort ou fait souffrir) et bannir Trump. J’ai regardé ça un peu de loin jusqu’ici, car je suis accaparée jusqu’au cou avec des problèmes qui me concernent de manière plus directe et immédiate, à savoir la rédaction de ma thèse.

 

Mais là, je vois que ça commence à frétiller de partout, entrainant dans son sillage moult débats sur le bien-fondé d’une telle action ou bien sur l’organisation concrète de telles actions magiques, et ça ne me laisse pas indifférente. Probablement parce que ça me rappelle en premier lieu (mais à participation nettement moindre) les actions magiques collectives de l’an dernier qui ont été initiées pour la protection de la France contre Daesh et les actes terroristes. D’ailleurs, ceux qui ont lancé l’initiative de ce sort contre Trump se réfèrent de la même manière à Dion Fortune, référence unanime et contemporaine (et aussi il faut dire, unique) dans le cadre des « batailles magiques ». Ensuite parce que moi non plus, je ne suis pas super adepte de Trump et que je suis sensible à toute forme de résistance, disons « non-conventionnelle » face à des actes nuisibles (dans son cas, on pourrait ajouter aussi un comportement surréaliste – pardon au mouvement surréaliste qui n’a rien à voir -). Enfin parce que quand même, que des tas de pratiquants de magie et sorcellerie décident de se fédérer pour lancer un sort contre un chef d’Etat, c’est classe, ça en jette.

 

Toute considération « classe » mise à part, j’avoue ne pas avoir d’avis tranché sur le fameux débat du bien-fondé d’une telle action. Du moins, cela dépend de l’action en tant que telle. Tel que l’appel a été lancé, il s’agit de réaliser ce sort de liage et de bannissement une fois par mois en lune descendante jusqu’à destitution de Donald Trump. Quoi qu’on en dise, il a été élu et je ne suis pas convaincue que lancer des sorts pour le destituer soit vraiment « éthique ». On me dira que lui non plus ne fait pas franchement pas l’éthique. On me dira aussi qu’il n’y a que les « gentils » qui se préoccupent d’éthique et que bien d’autres, de courants extrémistes, là-bas ou ici chez nous, n’auraient pas beaucoup de scrupules à tordre le cou aux valeurs démocratiques, que ce soit par magie ou (et surtout) par n’importe quelle autre manière. En revanche, je pense que lier les actions mauvaises d’une personne ayant les moyens de nuire ne peut être regardé comme immoral. Après tout, c’est de bonne guerre. Nul n’est tenu de rester les bras croisés sans rien faire, et mettre des bâtons dans les roues de partis, organisations ou politiques adverses à ses idées est parfaitement ordinaire et acceptable en démocratie. Chacun brandira la bannière de la résistance à ce sujet, chacun s’en appropiera l’idée et puis c’est tout (même quand des fois, on lève les yeux au ciel en voyant qui se proclame résister face « au système » et contre quoi …).

 

Une des questions finalement qui me semble peut être la plus pertinente aujourd’hui est : est-ce que seulement ça nous concerne, nous français, francophones, européens ? Trump n’est pas notre président, même si nul n’ignore qu’un président des Etats-Unis a la fâcheuse capacité de pouvoir impacter sur le monde. Donc devrait-on se sentir impliqué dans cette histoire de sort anti-Trump ? Je crois vraiment qu’il y a autant de raisons de se sentir concerné que le contraire. (et puis c’est pas comme si nous n’avions pas nos propres problèmes ici en France ou en Europe …) A chacun de répondre à cette question.

 

Aujourd’hui, je choisis avec ce post de traduire l’appel original pour réaliser ce sort anti-Trump (contenant les détails du sort en question) avant tout par souci d’information, parce que je pense qu’il est utile que nous aussi, en France, nous sachions ce qui se prépare outre-Atlantique. Et ce, que nous soyons d’accord ou non avec l’action et le procédé. Les anti-Trump n’étant pas qu’américains, il y a bien entendu des européens qui sont intéressés par cette action alors l’information doit pouvoir circuler. Enfin, à titre strictement magique, je trouve que l’action en tant que telle, et le sort qui va avec, mérite d’être traduite car au-delà du cas présent, qui sait, elle pourrait servir de base à d’autres choses dans le futur.

 

(Notez que je ne discute pas des questions récurrentes dans certains groupes, à savoir « est-ce de la magie noire ? » ou bien « vais-je subir un retour/une punition/un mauvais karma etc … si je réalise ce sort ? ». De même, bien qu'y ait divers éléments assez discutables dans la conception même du rituel, je ne les discuterai pas ici dans la mesure où je n'en suis pas l'auteur.)

 

La partie qui suit ci-dessous est la traduction de : A Spell to Bind Donald Trump and All Those Who Abet Him: February 24th Mass Ritual 

 

 

 

Un sort pour lier Donald Trump et tous ceux qui lui sont complices : un rituel de masse le 24 février

 

Ce document a fait le tour d’un certain nombre de groupes magiques, à la fois secrets et publics. Il a été prétendument créé par un membre d’un ordre magique privé qui souhaite rester anonyme. Je ne garantis en rien son efficacité, et de nombreuses personnes ont remarqué qu’il peut être considéré plus comme un projet artistique/projet d’élévation de conscience (similaire à l’exorcisme de 1967 et à la lévitation du Pentagone) que comme un travail magique en tant que tel. Mais beaucoup de personne le prennent très au sérieux.

J’ai reçu un grand nombre de suggestions et de variantes pour ce rituel, et j’ai posté quelques uns d’entre elles à la fin.

 

UPDATE : Il y a maintenant une page Facebook où les participants peuvent partager leurs suggestions, photos, vidéos etc …

 

A réaliser à minuit (heure de New York) à lune décroissante jusqu’à ce qu’il soit démis de ses fonctions. Ce sort liant est une open source et peut être modifié pour correspondre à votre système magique ou spirituel préféré – les éléments essentiels sont la simultanéité de l’action et l’énergie de masse des participants.

Voir ci-dessous pour les dates à venir. Certaines loges/covens réaliseront une variante de ceci en travail de groupe tandis qu’un grand nombre de pratiquants solitaires prévoient de se connecter et de diffuser leur action via livesteam facebook, Twitter, et d’autres médias sociaux.

 

Matériel :

 

Photo peu flatteuse de Trump (en petit) : voir ci-dessous pour une version à imprimer

Carte de tarot représentant la Tour/Maison-Dieu (de n’importe quel jeu)

Petit bout d’une bougie orange

Aiguille ou petit clou (pour faire une inscription sur la bougie)

Une bougie blanche (de n’importe quelle taille) représentant l’élément du feu

Petit bol d’eau représentant l’élément de l’eau

Petit bol de sel représentant l’élément de la terre

Une plume représentant l’élément de l’air

Allumettes ou briquet

Cendrier ou petite coupelle remplie de sable

 

Optionnel :

 

Morceau de pyrite (l’or des fous)

Souffre

Fil noir (pour une variante de liage traditionnel)

Petite carotte (comme substitut du morceau de bougie orange)

 

Préparation:

 

Ecrivez « Donald J. Trump » sur le morceau de bougie orange avec une aiguille ou un clou.

Arrangez les autres objets de manière en un cercle face à vous

Posez la carte de la tour contre un objet pour qu’elle tienne à la verticale

Dites une prière de protection et invoquez la bénédiction de la divinité ou de l’esprit de votre choix. Lire le 23e Psaume est commun dans les traditions Hoodoo/Conjure/Rootwork. Des magiciens expérimentés peuvent réaliser un rituel de bannissement approprié.

 

Rituel :

 

(Allumez la bougie blanche)

 

Entendez-moi, ô esprits

De l’eau, de la terre, du feu et de l’air

Hôtes célestes,

Démons des royaumes infernaux

Et esprit des ancêtres

 

(allumez le morceau de bougie orange portant l’inscription)

 

Je vous appelle

Pour lier

Donald J. Trump

Afin qu’il échoue complètement

Qu’il ne puisse faire aucun mal

A aucune âme humaine

Ni à aucun arbre

Animal

Rocher

Rivière

Ou mer.

 

Liez-le afin qu’il ne puisse détruire notre Etat

Usurper notre liberté

Ou remplir les esprits de haine, de confusion, de peur ou de désespoir

Et liez aussi

Tous ceux qui permettent sa nature maligne

Et ceux dont les bouchent prononcent des mensonges empoisonnés

Je vous demande, esprits, de les lier tous

Comme avec des chaines de fer

Liez leurs langues malveillantes

Terrassez leurs tours de vanité.

 

(retournez la carte de la tour afin qu’elle apparaissent à l’envers)

 

Je vous demande en mon nom

(dites votre nom en entier)

Au nom de tout ce qui marche

Rampe, nage ou vole

De tous les arbres, toutes les forêts,

Rivières, déserts,

Fleuves et mers,

Au nom de la Justice

Et de la Liberté

Et de l’Amour

Et de l’Egalité

Et de la Paix

Liez les dans des chaines

Liez leurs langues

Liez leurs travaux

Liez leur malignité

 

(allumez la petite photo de Trump à la flamme du morceau de bougie orange et tenez la prudemment au-dessus du cendrier)

(Prononcez ce qui suit de manière sonore et de plus en plus fort alors que la photo brûle entièrement)

 

Qu’il en soit ainsi !

Qu’il en soit ainsi !

Qu’il en soit ainsi !

 

(éteignez la bougie orange, visualisez Trump explosant en poussière ou en cendre)

 

(Eteignez la bougie blanche, terminez le rituel)

 

Ancrage et fin de l’opération magique.

 

 

Après quoi, ancrez-vous par un bon rire, de bon cœur, sautez, frappez vos mains l’une contre l’autre, piétinez lourdement avec votre pied et allez manger quelque chose. L’ancrage est très important : ne le négligez pas !

Et souvenez-vous : il déteste que les gens se moquent de lui !

Enfin, enterrez le morceau de bougie orange ou jetez le à un carrefour ou dans une eau vive.

 

 

 

Dates des rituels aux lunes décroissantes :

24 février (minuit heure de New York), 26 mars, 24 avril, 23 mai, 21 juin (particulièrement important comme c’est le solstice d’été, 21 juillet, 19 août etc …

 

Photo de Trump pour le rituel (à imprimer et couper) 

 

Trump

 

 

[ L’article original contient également des variantes du rituel ainsi que différentes considérations sur les dangers de ce rituel ou le rapport à la moralité. Faute de temps, je ne peux malheureusement en proposer la traduction (j’ai le bannissement d’un chapitre de rédaction qui m’attend …). Pour les intéressés, il faudra se rapporter à l'article anglais original. ]

08 mars 2016

Paganisme, identité et immigrations

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Ca tourne dans l'air en ce moment comme des mouches autour d'une vache dans son pré. Bien que certains païens d'extrême droite n'aient pas attendu que l'actualité s'y prête, la crise ds migrants tend à exacerber certaines vélléités identitaires dans la sphère pagano-francophone, tandis que les plus modérés, qu'ils aient ou non un avis précis sur la question, se retranchent dans une réserve silencieuse.

Je ne vais pourtant pas discuter de cette question dans cet article. En revanche, quand je vois la nature des discours véhéments, identitaires et violemment anti-immigration, je ne peux m'empêcher de ressentir une aggression inscrite en moi, comme une mémoire familiale. 

Il était une fois, il y a plus de 70 ans, un homme et une femme polonais, parmi beaucoup d'autres femmes et hommes polonais, qui fuirent la guerre puis l'occupation soviétique de leur pays et qui s'établirent dans le nord de la France. Cet homme et cette femme se rencontrèrent en France, se marièrent et eurent des enfants. Ce couple de polonais, c'étaient mes grands parents, et leur petite dernière, c'est ma mère. Elle naquit à la fin des années 50, et à elle, contrairement à ses frères et soeurs, mes grands parents ne lui apprirent jamais le polonais. Parce que ma mère, ma tante et mes oncles, c'étaient des sales polaks et qu'à l'école du village, et dans les familles de leurs petits camarades, on n'aimait pas les sales polaks. Mes grands parents crurent lui rendre service en la coupant de leur propre culture, pour qu'elle, elle soit une vraie française, pour qu'un jour peut être, on oublie qu'elle était la fille d'humbles immigrés polonais. Ca a plutôt bien marché, et dès qu'elle fut mariée avec un français, au nom bien local, elle n'eut plus à se soucier du regard d'autrui. Et puis il faut dire qu'entre temps, tout le monde avait oublié que les polonais étaient des sales polaks, tout le monde avait aussi oublié au passage que les italiens et les portuguais étaient aussi de sales immigrés. Soudain, tout ce beau monde, de tradition catholique et bien blanc comme il faut, étaient de bons européens.

Cependant, ma mère a grandi dans la stigmatisation de ses origines, dont ses propres parents cherchaient à la couper. Pour son bien. Ma mère, elle, sait qu'elle est une fille d'immigrés. Oh ce n'est pas inscrit sur son visage, comme d'autres, mais c'est bien inscrit dans ses tripes, c'est le berceau qu'elle a reçu et dans lequel elle a forgé son caractère et son expérience.

Quant à moi, j'ai grandi en bonne petite française, et bien qu'on ne m'ait jamais caché quelle était la moitié de mes origines, on ne m'en a pour ainsi dire jamais parlé. Par contre, on m'a beaucoup parlé de la souffrance d'être un étranger qui cherche à se faire oublier et à devenir un vrai français. J'ai longtemps eu une vision très négative de mes origines polonaises, comme si c'était un pays d'arriérés. Et pourtant, j'ai grandi dans le refus de la haine de l'autre, dans le refus des préjugés de l'étranger, parce que les étrangers, je le sais, c'était ma famille. C'est un peu moi, et pourtant, personne ne le voit.

Aujourd'hui même, la donne a changé. Il est de bon ton, dans le milieu païen, de revendiquer son identité. La belle blague! Après avoir stigmatisé mes grands parents et ma mère, les bons français me disent que je peux être fière de mes origines, et même les réclamer, tant que je veux bien rejeter cet autre à la couleur de peau plus foncée, et probablement à la religion différente. On me dit qu'ils n'ont pas la même culture que moi. Mais enfin, si mes grands parents avaient la même couleur de peau et la même culture européenne que les bons français des années 50 et 60, pourquoi diable ont-ils été tellement méprisés?! Pourquoi hier fallait-il que ma mère se haïsse et qu'aujourd'hui, elle et ses enfants se glorifient, et ce à cause de leur origine?

Pour moi, la question actuelle de la crise des migrants est avant tout une question géo-politique dont les enjeux, dans l'accueil ou le refus de l'accueil, sont autres que la seule question de l'origine et de la religion. Il est naïf de s'imaginer que la réponse puisse se situer dans un "oui, prenons tous les migrants", ou "non, refusons les tous", quelles que soient les raisons, mais passons, car le sujet de cet article n'est pas là, comme je l'ai déjà dit.

La vérité, c'est que les critères définissant l'identité commune ou au contraire l'étrangeté évoluent avec le temps, et c'est ce qui fait qu'hier, j'étais une batarde de sale polak, et qu'aujourd'hui, je suis supposée défendre mes glorieuses origines blanches et européennes jusqu'à la mort aux côté d'une faune européenne bigarée où toutes les origines européennes se retrouvent et se cotoient comme un seul peuple, sous la bannière bien commode des indo-européens (dommage que mes grands parents n'aient pas été accueillis les bras ouverts en bons indo-européens qu'ils étaient!).

Mais si demain, des extra-terrestres venaient pour s'installer/se réfugier/migrer sur terre (quoique vu l'état actuel et à venir de la planète, c'est peut être nous qui devrions songer à nous établir sur d'autres planètes), toute l'humanité se glorifieraient d'appartenir à la civilisation terrienne face à ces envahisseurs qu'il faudrait combattre jusqu'à la mort. 

Alors, finalement, si le concept d'identité commune peut changer en moins de deux générations, c'est quand même que c'est un peu surfait. 

Et aujourd'hui, j'ai finalement intégré tout ce que ma famille avait de meilleur à m'apporter. Toute la richesse du terreau culturel de mes origines ; et de la fierté pour ces origines, toutes mes origines, française et polonaise, j'en ai, et comment! Et une fierté pour l'héritage qui m'a été transmis : toute la mémoire de leurs expériences qui jalonnèrent mon éducation de valeurs de modération et du refus du rejet, sur simple base de préjugés. Un héritage que je ne trahirai pas.

26 novembre 2015

La 'bataille magique', concrètement

Ceci sera le dernier article que je consacrerai ici à la "bataille magique" de manière directe. Quand je me suis lancée dans le premier article, j'ai suivi mon instinct, j'ai suivi ce que je sentais devoir faire. Je n'étais plus dans une réaction à chaud bouillant, mais c'était quand même encore suffisamment chaud pour aboutir à l'idée d'un élan, d'une ré-expérimentation de "bataille magique". Puis sont venues s'ajouter d'autres questions, à savoir notamment, au delà de l'élan, de l'idéal et des beaux mots, comment organiser cela, de manière réaliste et pragmatique. Cet article sera donc une série de réflexions à ce sujet que je livre, à titre personnel, et dont chacun fera ce qu'il ou elle voudra. Il m'apparaît cependant nécessaire et essentiel d'aborder certaines problématiques, et de trouver des réponses satisfaisantes à celles-ci pour pouvoir se lancer dans des actions concrètes.

 

 

De l'importance de se tenir informé des questions de géopolitique

Ces derniers jours, j'ai passé beaucoup de temps à lire des analyses géopolitiques de la situation eu Europe, au Moyen-Orient et dans le monde, et ce, de la part de spécialistes aussi divers que variés, de sensibilités et d'intérêts politiques ou religieux tout aussi divers. Mais qu'est-ce que la géo-politique?

Larousse en donne cette définition: "Science qui étudie les rapports entre la géographie des États et leur politique".

Cela signifie qu'il est question de mettre en relation les politiques menées par chaque Etat sur son territoire et en direction des autres Etats, notamment sur les questions de gestions et revendications des frontières. Cependant, la complexité des sociétés et des niveaux de revendication fait que divers facteurs sociaux et culturels viennent interférer soit dans les politiques, soit dans les gestions des frontières. On comprend donc que la géopolitique est ce qui sert, basiquement, à étudier la formation, la conduite et la résolution des conflits territoriaux.

On ne fait pas face à une "simple" invasion d'un autre pays, auquel cas il est au moins aisé de définir le problème (invasion d'une armée officielle) et l'effet recherché (empêcher l'invasion, affaiblit l'ennemi, gagner la guerre contre cet ennemi). La situation actuelle est d'une complexité importante. La question qu'il faut se poser aujourd'hui est : Comment faire pour ne pas se tromper de cible?

Plus on se penche sur la géopolitique, et moins on a de certitude ou de solution simpliste toute trouvée. Cela a cependant la vertu de nous rappeler à une attitude humble, celle qui consiste à admettre qu'on ne sait juste pas, qu'on n'a probablement pas toutes les données pour décider, seuls, quels objectifs précis il conviendrait de suivre. La meilleure, et probablement seule solution, est de ne pas suivre d'objectif trop précis. A titre d'exemple, je conseillerais de ne pas se focaliser uniquement sur la situation de l'EI en Syrie, en pensant que la Syrie est le noeud central du problème, et que s'il est détruit, le problème disparait. Il est fort probable que ce ne soit pas le cas. 

Se tenir bien informé permet aussi d'avoir une vision d'ensemble la plus précise possible, ce qui ne peut être que bénéfique lorsqu'il s'agit de pratiquer des visualisations destinées à faire évoluer une situation. Il faut toujours se donner les moyens de focaliser avec le plus de précision possible (cela vaut aussi, et peut être en particulier, dans des visualisations impliquant des limites géographiques).

 

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Que faire alors et à quelle fréquence?

Pour des rituels particuliers et "uniques", par exemple en pleine lune ou lune noire, il est possible de focaliser son intention sur la protection de personnes, la protection de territoires (villes, régions, pays, continents), l'affaiblissement d'une puissance nuisible (en lune descendante ou noire), sur la réduction à l'impuissance de personnes dangereuses et nuisibles, sur la traque et la capture de ces mêmes personnes (en envoyant des intentions puissantes vers ceux qui sont chargées de le faire par exemple).

Cependant, comme le rapporte Dion Fortune elle-même, on ne peut pas espérer que des efforts irréguliers et épars puissent donner des résultats. Ceux qui veulent vraiment se lancer dans une "bataille magique" doivent bien comprendre que c'est un effort sur le long terme qui se doit d'être régulier. Ceux qui participèrent à cette entreprise qu'elle initia "tinrent le siège" consistant à réaliser des méditations et des visualisations tous les jours, en particulier le dimanche à une heure qui devait être commune. Et c'est à cela que s'ajoutèrent des rituels spécifiques pour certains.

Ces méditations et visualisations formèrent le gros du travail magique, et furent ouvertes aux novices comme aux initiés. Dion Fortune avait une vision ouverte de l'occultisme, critiquant certaines règles dont le secret de certaines pratiques. La 2e guerre mondiale lui donna l'opportunité d'ouvrir son cercle à tous ceux qui désiraient aider dans cette entreprise magique. La pratique de ce type de méditations et visualisations ne représente pas un grand danger (outre précautions habituelles) et permet la participation efficace d'un grand nombre de personnes. Le plus important alors devient la volonté de s'astreindre à un travail de longue haleine. Il n'est pas forcément obligatoire, à mon sens, de se livrer à des méditations quotidiennes si cela demande trop d'efforts. Mais néanmoins, il faudra adopter une régularité d'au moins deux méditations/visualisations par semaine pour que ça ait le moindre intérêt. On peut être tenté, à mesure que le temps passera après ces attaques (et si aucune nouvelle attaque ne se produit de sitôt), d'abandonner les visualisations et rituels. Cependant, il est difficile aujourd'hui de fermer les yeux et de se dire que c'est terminé. Les discours officiels vont tous dans le sens d'une menace à long terme. Il faut donc se préparer à agir également sur le long terme, ce qui suppose aussi que les pratiques soient adaptées et qu'elles ne se révèlent pas trop contraignantes dans la vie quotidienne. Ne vous programmez pas un gros rituel toutes les semaines, ou des méditations complexes chaque jour. Soyez réalistes et raisonnables, mais soyez réguliers.

 

Quelles thématiques pour les visualisations?

Là aussi, Dion Fortune est décidément d'une grande inspiration. Quand on regarde la somme de toutes les méditations et visualisations proposées sur l'ensemble de la guerre, on constate qu'elles comprennent des thématiques aussi variées que le sentiment d'unité au sein de la nation, la paix, le refus de la haine, la protection des frontières, les pouvoirs invisibles avec lesquels on coopère, la guerre comme sacrement, la démocratie basée sur les lois de la vie évolutive, l'Allemagne inclue dans la future reconstruction, la destruction du cercle vicieux de la haine, de la peur et du besoin, l'unité au delà de la diversité, des visualisations de protection de divers lieux autres que la Grande-Bretagne, l'espoir, la sagesse et la force ... (et beaucoup d'autres encore). Elle se servait de l'actualité récente pour ancrer les thématiques des méditations proposées dans la réalité vécue. On constate également qu'elle alternait souvent entre des thématiques plus "belliqueuses" ou ancrées dans la protection, et des thématiques d'ordre plus spirituelles, comme des méditations sur les mythes liés aux chevaliers de la Table Ronde, destinés à renforcer le courage de ceux qui les pratiquent mais aussi les valeurs morales de l'ensemble des britanniques. Adopter une même alternance peut se révéler fort bénéfique à titre individuel et collectif.

 

Comment procéder pour les méditations et visualisations?

La plupart d'entre nous ont déjà l'habitude de ce genre de pratiques et il suffit alors d'adapter les thématiques à nos compétences en la matière. Cependant, à titre informatif, je traduirai très bientôt les instructions que Dion Fortune avait donné pour réaliser ces méditations et visualisations, dans la mesure où les techniques employées sont solides et efficaces.

 

Three_Witches_Welles

Le concept de sorcières à antenne parabolique est intéressant sinon.

 

Opérer seul ou en concertation?

Il n'y a aucune obligation à ce que les actions magiques réalisées le soient en groupe ou en concertation. Vous pouvez très bien décider de suivre votre propre feeling et apporter votre contribution de manière individuelle, selon les modalités que vous déciderez.

Il est bien entendu toujours intéressant et plus efficace de pouvoir agir à plusieurs, même à distance, si une heure et un point de focalisation sont décidés à l'avance.

Certains m'ont fait savoir qu'ils/elles seraient intéressés de se joindre à un groupe de personnes constitué dans ce but, ou m'ont demandé de les prévenir si je mets en place une action magique à plusieurs. Le plus simple, si tel est votre cas, est que vous me laissiez alors votre adresse mail par message privé, ou bien que vous vous manifestiez dans un commentaire ci-dessous. Une liste de diffusion et de discussion par mail sera mise en place par la suite pour prévenir et discuter d'actions à venir.

 

 

 

Je crois à présent avoir fait à peu près le tour des choses à considérer pour prendre part à une "bataille magique". A présent ...

Taïaut!

24 novembre 2015

Vous voulez participer à la "bataille magique"? Lisez cela avant!

Voilà quelques jours que j'ai écrit l'article "Ce que la bataille magique de Bretagne peut nous apprendre", et j'ai été très heureuse et enthousiaste de constater que de nombreuses personnes partagent ce même désir de ne pas rester impuissant face aux risques intérieurs et extérieurs que représente l'organisation terroriste qu'est Daesh. Dans un moment comme celui-là, ça fait vraiment très chaud au coeur, et je veux vraiment remercier tous ceux qui ont exprimé d'une manière ou d'une autre leur intérêt pour ce type d'action, que ce soit du simple soutien pour l'idée ou que ce soit dans l'intention d'y prendre part.

Cependant, à l'heure où plusieurs d'entre nous souhaitent se lancer dans cette nouvelle "bataille magique", il me semble absolument nécessaire de revenir sur certains points, notamment en ce qui concerne les risques que chaque participant doit être en mesure d'accepter en toute connaissance de cause, et les précautions qui découlent de ces risques.

 

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Connaître les risques encourrus

Dans mon précédent article, j'ai bien précisé que ces actions avaient été entreprises, à la suite de Dion Fortune, par un certain nombre de pratiquants initiés et confirmés. Bien que ces personnes étaient tout sauf novices, G. Gardner rapporte que certains parmis les plus vieux ou parmi les plus fragiles des sorciers moururent peu après le rituel réalisé par le coven dans le but de repousser les Nazis et empêcher l'invasion de la Grande-Bretagne, ces morts étant dues à des pneumonies contractées lors du rituel, réalisé skyclad en extérieur. D'autres auraient vraisemblablement vu leur santé être durablement affectée de troubles chroniques. 

Les pratiquants chevronés savent qu'il est toujours nécessaire de se protéger et de se purifier, d'autant plus lorsque les actions entreprises constituent un point de contact avec des énergies négatives. Une de ces situations les plus fréquentes se retrouve par exemple dans les rituels de guérison, qui, s'ils sont entrepris sans protection en amont de la part de la personne guérisseuse, constituent un risque que celle-ci absorbe les énergies de maladie et de douleur, et que des problèmes de santé l'atteignent à son tour.

Il est important que toute personne qui souhaite agir magiquement, que ce soit pour favoriser la traque et l'arrestation des terroristes, pour protéger la France et l'Europe de nouvelles attaques ou pour affaiblir Daesh, sache qu'elle s'expose à des risques qu'elle accepte consciemment, mais aussi qu'elle ait les capacités d'assurer au mieux sa protection pour s'en prémunir au maximum.

 

La nécessité de se protéger, n'est-ce pas un peu surfait?

Non.

Ce n'est ni "pour faire genre", ni pour se payer un trip de paranoia magique (les démons sont à mes trousses!!!), ni une perte de temps. La raison d'être du cercle magique dans les rituels sorciers, wiccans et autres a souvent été débattu. Et pour faire court et simple, tant que vous ne vous amusez pas à invoquer les démons des abysses, des dieux auxquels vous n'êtes pas prêts à faire face ou les Grands Anciens de Chtuhlu (la grande classe!), un cercle magique vous servira surtout à contenir l'énergie dégagée. Ce sera donc un catalyseur pour lancer votre sort de la manière la plus efficace possible. Ca permet bien entendu aussi de tracer une séparation à la fois magique et psychologique entre le monde "normal/quotidien/mondain" et "le monde des puissances".

Bien sûr, ça sert aussi de protection, et cet aspect devient d'autant plus important dès lors que certains actes magiques sont réalisés, que certaines entités sont appelées afin de leur demander leur contribution.

Faire un cercle magique, avec pour but de contenir l'énergie, tracer une frontière ET se protéger est relativement conseillé si vous souhaitez réaliser un rituel complet pour participer à des entreprises de "bataille défensive" (cela peut se révéler moins automatiquement nécessaire - quoi que ça reste du cas par cas -, notamment dans des visualisation avec envoi d'énergie, on y reviendra).

 

Comment se protéger efficacement?

Je ne listerai pas ici les moyens de protection disponibles ; il y en a de nombreux, issus de diverses traditions et dont l'efficacité est avérée. Je préciserai toutefois qu'à mon sens, la meilleure approche est de se protéger en amont, et de se purifier en aval.

Dans tous les cas, il serait inconscient de se lancer dans une action magique de cette ampleur sans avoir au préalable réalisé un bon gros rituel de protection avant toute autre chose. C'est vraiment le minimum syndical, à renouveler une fois par mois et de préférence à la pleine lune (la prochaine pleine lune approche à grand pas, ça tombe bien).

Cependant, il existe d'autres pratiques de protection/purification, moins "lourdes", moins ritueliques, mais qui assurent une protection "au jour le jour", à ajouter au rituel évoqué ci-dessus. Cela relève plus d'une sorte d'hygiène énergétique/magique qu'un sorcier ou mage a déjà adopté depuis un moment. Parmi les  moyens rapides et facilement réalisables, on trouve l'usage d'encens purificateurs (en fumigation), d'huiles de protection, de bains bénis avec de l'eau à laquelle a été mélangée un peu de sel, mais cela peut aussi être des moyens moins connus. Pour donner un exemple "testé et approuvé", l'usage du savon indien Chandrika fait merveille pour se décrasser des saletés autant matérielles qu'immatérielles (non, je ne possède aucune action dans cette entreprise, c'est juste que ça marche). Des petits trucs "de grand mère" peuvent aider à garder des lieux propres et sains, notamment la chambre à coucher. Vous pouvez laisser un verre d'eau à côté de vous, que vous changerez chaque jour, et pour plus d'efficacité, placer une boule à mites à chaque coin de la chambre fournit une alternative intéressante et efficace au sel aux quatre coins de la chambre. Vous pouvez ajouter, selon envie et inspiration personnelle, des amulettes, runes ou talismans protecteurs de votre choix.

Une autre purification simple à réaliser, issue de la tradition feri, vaut peut être la peine d'être un peu développée, dans la mesure où elle est réalisable quotidiennement, et qu'elle est à la fois très simple et efficace.

Le Kala est une purification simple, mais efficace, consistant à insuffler du manna dans un verre d'eau, après avoir aligné les trois âmes. Une fois que l'on ressent que suffisamment de manna a été engrangé dans l'eau, que l'on peut la sentir vibrer et chatoyer, il faut boire lentement ce verre d'eau en se concentrant sur l'acte purificateur qu'il représente, une purification physique, psychique, et spirituelle. Il est possible de faire un Kala général, ou lors de moments de colère, de tristesse, de mauvais jugement sur soi-même, de complexes, il est également possible de faire un Kala sur un problème particulier, en le visualisant dans l'eau et en voyant le manna changer l'énergie négative et positive, avant de boire le verre d'eau.

Ces protections plus légères mais utiles au quotidien, seront suffisantes pour toute personne qui ne s'engage pas dans une action magique de grande ampleur, comme je l'ai déjà dit, en tant qu"hygiène magico-spirituelle" quotidienne. Pour les autres, elles offrent un complément très appréciable aux "gros rituels" de protection.

 

Mais alors, si je ne suis pas un(e) initié(e) super balaise en magie, je ne peux rien faire?

Si! (et d'ailleurs, Dion Fortune aussi a finalement admis des novices complets qui tenaient à apporter leur contribution)

Mais il faudra adapter chaque contribution en fonction de ce que vous définissez comme raisonnable pour vous. Vous seul pouvez décider ce qui est raisonnable pour vous-même, comment vous pouvez contribuer utilement sans dépasser vos limites. Il n'y a aucun problème à avoir des limites, on en a tous et le plus important est de les connaître et les reconnaître. Il n'y a qu'en participant selon ses propres moyens qu'on peut vraiment se rendre utile, pas en allant trop loin et en se mettant inutilement en danger.

De nombreuses choses peuvent être faites à l'heure actuelle pour essayer d'influencer positivement la situation. De même qu'il n'est pas spécifiquement attendu que chaque participant se sente l'âme d'un(e) guerrier(e). La situation géopolitique actuelle est très complexe, et contrairement à l'époque de Dion Fortune, durant la 2de Guerre Mondiale, il n'est pas question d'invasion, donc cela signifie que la "bataille" ne se situera pas tant sur la défense des frontières, comme un état de siège à tenir.

Comme je l'ai déjà dit, je pense qu'actuellement, la "bataille" serait plutôt - du moins dans l'immédiat - dans la prévention d'autres actes terroristes (ce qui peut passer par des techniques diverses, dont la technique de "lier" les forces hostiles), l'influence des organes de police et de renseignement pour qu'ils trouvent plus rapidement les terroristes et les arrêtent, et enfin, travailler à un affaiblissement général de Daesh. Tous ces actes peuvent comporter certains dangers, il n'est donc pas conseillé aux novices de prendre part à des rituels complets, faisant appel à des esprits, divinités et puissances pour agir sur ces questions là.

En revanche, la situation actuelle a aussi besoin d'autres éléments pour qu'elle évolue positivement, par exemple que les politiques de France, de Belgique et d'Europe aient la sagesse de prendre les bonnes décisions dans les temps à venir. Il est possible d'effectuer des visualisations, ou des rituels en ce sens, sans que cela ne crée plus de danger que pour toute pratique magique "ordinaire" de type bénéfique (ça ne veut pas dire qu'il ne faut pas se protéger du tout!). Il est aussi nécessaire que les peuples restent unis face à la menace, qu'ils aient le courage, la force morale de faire front ensemble et sans haine contre des bouc-émissaires. Des personnes pacifistes peuvent participer en réalisant des opérations visant à apporter ces influences. Enfin, il reste possible à des personnes ayant peu ou moyennement d'expérience en pratiques magiques d'appliquer des visualisations et des envois d'intention pour faciliter et aider à la traque des terroristes. La pratique la plus accessible sera donc une visualisation avec envoi d'intention, et des supports matériels comme une bougie peuvent être ajoutés. Ce genre de pratique "douce" (si réalisée sans autre pratique excessive qui lui serait adjointe) ne supprime bien entendu pas la nécessité de se protéger et de se purifier ensuite.

Enfin, il est naturel que nous soyions tous inquiets pour nos proches. Pratiquer des rituels afin de leur assurer la protection est normal et il ne faut pas se sentir coupable si c'est notre première intention avant de penser plus global. Protégez vos proches et vous-mêmes en tout premier lieu, ainsi vous aurez l'esprit plus libre pour vous tourner vers des actions destinées à un espace et des populations plus vastes. Des rituels de protection pour soi et pour les proches (il vaut toujours mieux les prévenir d'avance et de leur demander leur accord au préalable, autant que faire se peut) se trouvent facilement et pour tous les niveaux, ni novice au pratiquant confirmé.

 

Autres contre-indications

Il va de soi que toute personne souffrant de troubles physiques ou psychiques, de maladies momentanées ou chroniques, entrainant un état de faiblesse et/ou de vulnérabilité, doit s'abtenir de tout acte magique de grande ampleur. Si l'état de santé est jugé compatible, il est possible de se reporter aux conseils donnés aux novices et réaliser des visualisations selon des modalités similaires.

 

 

 

J'écrirai d'ici peu un troisième - et dernier article - sur le sujet, concernant les organisations individuelles et collectives possibles, le type de pratiques accessibles aux novices ou non confirmés, la fréquence des pratiques pour que ce soit utile (faire un seul rituel puis plus rien est mieux que rien, mais dans ce genre d'action, c'est sur la durée que ce doit être conçu) et pour discuter de la place et la nécessaire prise en compte de la géopolitique actuelle afin de ne pas se lancer dans des directions peu utiles, voir contre-productives. Ce sera juste une série de réflexions, chacun étant libre d'en faire ce qu'il/elle veut.


19 novembre 2015

Ce que la Bataille Magique de Bretagne peut nous apprendre aujourd'hui

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Contrairement aux attaques de Charlie Hebdo, cette fois, pour les attaques de Paris, je suis restée silencieuse (ou presque), incapable de dire, d'écrire quoi que ce soit qui me semble approprié, juste, ou sur lequel je ne changerais éventuellement pas d'avis par la suite. Je suis passée par toutes les émotions, et c'est normal quand l'actualité est encore chaude bouillante, quand on est dans le choc et la stupeur. J'ai vu différentes personnes en appeler aux armes ou à l'amour inconditionnel ; je ne me sentais ni de l'un, ni de l'autre. J'avais envie d'écrabouiller DAECH comme un écrase un moustique qui nous tourne depuis trop longtemps autour et qui finit par nous piquer alors que jusque là, on se défendait de tuer. J'avais envie de prier pour les victimes et leurs proches. J'avais besoin de trouver un moyen de mettre à l'abri mes proches, ceux qui sont dans la région parisienne et qui sont bien plus exposés que moi. Tous les jours depuis cette attaque, il ne s'est pas passé un matin sans que je me réveille en me demandant si aucune nouvelle attaque n'aurait été sur la route de ces proches qui se rendent à leur travail. On répète qu'il ne faut pas avoir peur, mais on sait tous qu'on a aussi besoin de faire ce pied de nez pour continuer à vivre en dépit des risques qu'on connait désormais tous et qui planent, comme nous le rappellent chaque jour les informations de tous les médias, et qu'on ne peut pas éviter. Et je sais aussi qu'avec un peu de chance, avec du temps, on retournera tous à nos occupations habituelles et on laissera cette peur s'évaporer, sans oublier pour autant. Parce que c'est ça, la vie. Elle finit toujours par reprendre ses droits sur la peur et la mort.

Plongée dans mon propre silence et dans mon intériorité, j'ai été amenée à repenser aux raisons qui m'ont conduite à prendre la route de la magie et de la sorcellerie, et pas une autre. Alors que certains suivent avant tout une quête du pouvoir, pour moi, parmi ces raisons, il y a à la base le refus de l'impuissance. A mon sens, c'est très différent. Je me suis rendue compte combien le poids de la transmission familiale était grande aussi, puisque dans ma famille, ça a toujours été aux femmes qu'incombait la protection spirituelle, quasi magique, de l'ensemble des membres de la famille. Je pense que les hommes ont aussi prié, bien entendu, mais les plus engagées ont toujours été les femmes, surtout côté maternel. J'ai grandi dans les jupes de ma grand mère qui ne cessait de parler de ses prières aux saints pour nous protéger tous, ma mère a suivi le même chemin. Elles ont été des guerrières spirituelles infatigables, malgré tous les revers de la vie. Ma grand mère n'est plus, mais ma mère continue. Et moi, je comprends aujourd'hui à quel point j'ai intériorisé cette "tradition". Je me rappelle comment, à certains moments, ma mère et moi avons agi de concert, chacune avec ses "armes", et bien qu'elle soit catholique pratiquante, elle m'a alors toujours soutenue et même, m'a encouragée. Il y a de la solidarité inconditionnelle qui dépasse toutes les croyances dans ces moments de lutte pour protéger ce qui nous est le plus cher.

La pleine lune approche, et nous avions déjà prévu de nous réunir pour un rituel en coven. Au programme, ce sera protection pour nos proches et pour nous-mêmes, mais aussi de la guérison. Cependant, ce sera réalisé séparément pour bien rester concentré sur chacune des intentions. Cette pleine lune, c'est un peu la pleine lune des mesures d'urgence, et dont les objectifs seront restreints pour la plupart à l'instinct égoïste de préservation des siens. 

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Oui, mais une fois les devoirs qu'on doit à nos familles et nos proches rendus, je sais que moi, je ne pourrai m'arrêter là. Ce matin, alors que je laissais mes pensées vagabonder, le souvenir d'un épisode de l'Histoire a d'un coup émergé. Soudain, je me suis rappelée de cet épisode quasi anecdotique de la seconde guerre mondiale et qui est resté connu sous le nom de "The Magical Battle of Britain". Alors que les nazis gagnaient inexorablement du terrain en Europe, et qu'ils bombardaient massivement Londres pour obliger l'Angleterre à capituler, tout le monde s'attendait à les voir vaincre et envahir la Grande-Bretagne. Or, comme on le sait tous (j'espère), ça ne s'est jamais produit. Des raisons très diverses ont été avancées pour expliquer cela, notamment bien entendu les choix stratégiques d'Hitler. Certains avancèrent que peut-être, cet échec pouvait être aussi lié à une autre cause, beaucoup plus ... occulte. En effet, en 1939, l'occultiste et magicienne Dion Fortune, à la tête de sa Fraternity of Inner Light, avait appelé divers occultistes anglais de son temps (il y eut notamment Aleister Crowley et Gerald Gardner qui participèrent, et bien d'autres moins célèbres) à participer à un "combat" magique destiné à empêcher l'invasion de la Grande-Bretagne et à affaiblir les Nazis.

Immédiatement après la déclaration de guerre de l'Angleterre en 1939, Dion Fortune commença une série de lettres régulières aux membres de son ordre magique, la Fraternity of Inner Light, qui se retrouvaient dans l'incapacité de tenir des réunions à cause des restrictions de déplacements mises en place en ce temps de guerre. Alors que les avions ennemies grondaient dans le ciel, elle organisa une série de visualisations pour planter « les germes d'idées dans l'esprit collectif de la population », des visions archétypales pour invoquer la protection angélique et pour rehausser la morale britannique alors qu'ils étaient sous le feu de l'ennemi. « La guerre devait être combattue et gagnée sur le plan physique avant qu'une manifestation physique puisse être donnée aux idéaux archétypaux », écrivit-elle. « Ce qui a été semé poussera et portera des fruits ». Alors que la guerre se poursuivait, cela fut consolidé avec d'autres travaux destinés au renouvellement des accords nationaux et internationaux. Pour la première fois, les portes de la Fraternité furent ouvertes à quiconque voulait se joindre et apprendre les méthodes de travail ésotérique par influence de l'esprit, auparavant gardées secrètes. Avec un optimisme inébranlable, elle guida la fraternité à travers les jours sombres du Blitz de Londres, continuant d'envoyer ses lettres hebdomadaires même lorsque les bombes s'abattirent sur le toit de sa propre maison.

Extrait de l'introduction de The magical Battle of Britain, à partir des lettres de Dion Fortune, éditées par Gareth Knight.

(Par ailleurs, Google Books offre la possibilité de lire un certain nombre d'extraits - en anglais - de cet ouvrage ici)

 

Sans aller jusqu'à dire que l'échec des Nazis serait dû à cette entreprise, bien entendu, on ne peut écarter la contribution de cette influence. 

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Dion Fortune en 1927

 

L'article sobrement intitulé "The Magical Battle of Great Britain", providentiellement publié récemment et également republié par le site patheos.com, présente notamment les méthodes d'action employées :

 

"Une méthode pour contrer leur folie

Méditons sur les Présences angéliques, habillées de robes rouges et armées, patrouillant de long en large de notre pays. Visualisez la carte de la Grande-Bretagne, et voyez ces grandes Présences se mouvoir telle une vaste forme obscure le long des côtes, et de haut en bas, du nord vers le sud, et d'est en ouest, gardant et protégeant le territoire de sorte qu'aucune chose venant de l'étranger ne puisse avancer sans avoir été remarqué.

Extrait de The Magical Battle of Britain de Dion Fortune

 

Les actes magiques de Dion Fortune fonctionnaient sur la base de plusieurs théories solides :

 

- Elle croyait que des ritualistes entrainés pouvaient combiner leurs efforts pour influencer la Volonté collective du peuple anglais, et non pas un individu seul.

- Elle utilisait des esprits facilement reconnaissables et fondés sur sa culture, ainsi que des égrégores dont la signification serait comprise intuitivement par des milliers de personnes.

- Elle se tourna vers des esprits et des égrégores qui étaient déjà associés au but pour lesquelles ils avaient été appelés.

- Elle créa des actes de magie simples qui puissent être facilement imités et réalisés par un grand nombre d'individus dispersés dans de nombreux endroits.

- Elle faisait un Travail sur une cause qui préoccupait des milliers de personnes. "

 

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Le roi Arthur demande l'Epée d'Excalibur à la Dame du Lac, par. W. Crane

 

L'analyse que l'auteur de cet article fait non seulement de la contribution de Dion Fortune, mais aussi du système d'action magique dans le cadre d'une lutte défensive, est très juste. Réaliser des rituels collectifs n'est depuis lors pas rare, et des exemples tous récents peuvent être cités avec les initiatives de la LWE pour la paix en Syrie puis pour les attaques de Paris. Mais compte tenu de la situation actuelle, il apparaît que les initiatives ne peuvent se limiter à des rituels ponctuels. Tous ceux qui voudraient contribuer à la protection de la France (et de l'Europe) contre DAESH et le terrorisme pourraient s'inspirer des techniques de Dion Fortune. Les moins avancés peuvent contribuer par des prières et des intentions, mais les plus avancés pourraient, eux, suivre les pas de Dion Fortune, en fonction de leurs propres pratiques et systèmes spirituels.

Je parle ici de protection de la France et de l'Europe, comme "niveau n°2" après la protection de sa famille et de ses proches. Cicéron (Des Lois, II) déjà avait noté que les êtres humains s'organisent de manière naturelle autour d'une vision multiscalaire de la "patrie" (je reprends ici sa propre expression), vision que Napoléon lui-même avait reprise et qui connut ses heures de gloire au XIXe siècle. Le premier niveau est la famille et les proches, le deuxième niveau est le pays dans lequel on vit (qui peut s'étendre facilement à l'Europe de nos jours). Un troisième niveau a émergé avec la mise en relation du monde globalisé. Il n'est bien entendu pas question ici de faire l'apologie du nationalisme en dépit d'un légitime intérêt pour la "paix dans le monde", ou la reconnaissance que tout individu a le même droit de vivre et d'être protégé. Les victimes de Paris ne sont pas moins tragiques que celles du Liban ou d'ailleurs. Seulement, il s'agit simplement de reconnaître un principe simple de la magie, voulant que moins on est précis dans le but défini, et plus l'action sera diluée, et moins les chances de réussite seront grandes. De sorte qu'agir globalement pour "la paix dans le monde", ou "la paix partout où DAECH est une menace" manquerait purement et simplement de point central pour fixer son esprit, qui se perdrait dans l'immendité de ce que cela représente. Dion Fortune ne s'y est pas trompée en se concentrant sur son propre pays. 

Je me suis rendue compte ces derniers jours que quelque part, il y a comme un malaie à l'idée de vouloir "égoïstement" protéger les siens (famille, pays, europe), comme si ce serait au détriment de l'esprit humaniste d'équité entre les peuples, voir que cela pourrait cacher des relents puants de nationalisme et d'extrémisme. On est tous tellement et légitimement révulsés par ces mouvements qu'on ose à peine penser qu'on puisse ou doive, pour un temps, se replier un peu pour se protéger, nous, avant les autres. A cela, je dirai qu'il est humain de chercher à protéger ce qui nous est proche, et que cela ne nous empêche en rien, à côté, de mener des actions magiques ou de simples prières dans des directions plus larges. Seul le pragmatisme magique, et non pas une quelque idéologie nauséabonde, conduit à se restreindre à un espace donné et précis.

 

Maintenant, ceci étant dit, il reste donc à faire. Je suis persuadée que nous sommes nombreux parmis les sorcières, sorciers, mages et magiciennes, en France, en Europe et dans le monde, à pouvoir et vouloir contribuer à cette lutte. Si nous tous, chacun où nous sommes (et pas uniquement en France), étions en mesure de dresser un rempart magique contre le terrorisme extérieur et intérieur, quels effets à terme cela pourrait-il avoir? Si des sorciers et des mages de France, de Belgique, du Liban, du Moyen-Orient, d'Angleterre, d'Allemagne, d'Afrique, d'Amérique ou d'où que ce soit participaient, qui sait ce que cela pourrait changer? 

 

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Youhou! Une petite image peace and love du tarot zen d'Osho!

 

A ma petite échelle, moi, j'apporterai ma contribution. A notre échelle, je ne doute pas qu'en coven, on fera de même.

Et vous?

 

 

 

 

* Tous les textes traduits dans cet article l'ont été par mes soins.

31 octobre 2015

Un sort pour All-Hallow's Eve

Un petit sort, juste pour le plaisir et pour l'esprit d'Halloween, avant de mettre une veilleuse ou une citrouille à votre porte ou votre fenêtre.

Joyeux All-Hallow's Eve! Joyeux Samhain!

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Quand le chien blanc est dehors
Et trotte dans les abords
Sous les nuages
Qui couvrent la Lune.
Et que la vieille avec son balais
Chevauche haut dans le vent,
Et que le chat sur la barrière,
Crache même à des amis,
Alors il est de bon ton,
De conjurer une lumière,
Contre tout esprit,
Qui assombrit la nuit.
Dites alors :

Que brille
La bougie de la citrouille
De tous côtés
Dans l'obscurité ;
Brûle tout mal
Venu en rafale!

Quand il fait noir
Et que les arbres sombres se mettent à hurler
Placez Jack-o'-Lantern,
Près de la porte pour la garder.

 

Issu de Crone's Book of Magical Words, de Valerie Worth. Traduction : Hédéra.

28 octobre 2015

Le jour de mes funérailles chrétiennes

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Il y a quelques jours, j'ai assisté aux funérailles du père d'une amie d'enfance. Le temps était froid, nuageux et gris, comme un jour de novembre, et ainsi que l'a dit ma mère, "c'était un vrai temps d'enterrement". Et comme tout enterrement, c'était d'une tristesse déchirante. 

J'ai donc assisté à la messe d'enterrement et je suis restée jusqu'à la mise du corps en terre. Si les textes et les discours lus durant la messe correspondaient tout à fait à la vie et au caractère de la personne décédée, dont on a rappelé et loué sa foi en Dieu, sa simplicité et sa dévotion, cela m'a soudain renvoyée au jour où moi-même, je recevrai des funérailles. Ce jour où je ne pourrai plus exprimer mon accord ou mon désaccord sur le choix des mots, des hommages et des textes lus. Ce jour où je serai soumise au bon vouloir, aux besoins de ceux qui resteront. Ce jour-là, très probablement, c'est chrétiennement que je serai "enterrée", quoique je ne le serai jamais dans un cimetière et que je serai incinérée.

Bien sûr, on me dira que je peux toujours rédiger un testament explicitant noir sur blanc que je refuse des funérailles catholiques. J'aimerais effectivement bien m'en passer. Mais si des cérémonies comme le mariage existent indéniablement pour les héros du jour, à savoir les mariés, et qu'il est de bon ton que la cérémonie représente aussi bien que possible leurs convictions, peut-on en dire de même pour les funérailles? S'il y a effectivement, officiellement, une grande part de la cérémonie qui est pour le défunt, la vérité, c'est que cette cérémonie est surtout pour les vivants qui restent. Ceux-là ont besoin de ritualiser le deuil qui les frappe, et de ce fait, ont plus besoin que l'espérance d'une survie après la mort soit plutôt exprimée dans le langage de leurs propres croyances, que dans celui du défunt. Et moi, qui aurai aimé et veillé au bonheur de mes proches toute ma vie, comment pourrais-je leur refuser un peu de réconfort dans ma mort?

Bien sûr, ne connaissant jamais l'heure de sa mort, je sais que si les choses du destin suivent le court "naturel", et que les parents partent avant les enfants, le problème ne se posera pas forcément sous cet angle. Si la fatalité voulait que je meurs avant mes parents, à coup sûr, j'y aurais droit, à la messe d'enterrement catholique. Dans le cas contraire, cela dépendrait du reste de ma famille et à quel point mes proches resteraient attachés à la religion catholique.

Je songeais donc à tout cela alors que j'étais dans cette église, durant la messe d'enterrement. Je songeais que je ne m'opposerais pas à ce qu'une telle messe soit dite pour moi, non seulement parce que cela ferait du bien à ma famille mais aussi parce que je suis prête à parier qu'ils ne suivraient de toutes manières pas mes recommandations de renoncer à une telle cérémonie. Par contre, alors que j'entendais les discours sur la foi, sur Dieu et Jésus, sur la résurrection, et sur les prières pour accueillir un fidèle serviteur de Dieu à ses côtés, mes poils se hérissaient à l'idée qu'on me servirait le même discours après ma mort. J'ai pensé que je serais prête à hanter le prêtre et ma famille après ma mort s'ils devaient m'infliger cela, comme si être morte n'était pas suffisamment ennuyeux comme ça! J'en suis donc arrivée à la conclusion qu'il faudrait au plus vite que je rédige une sorte de "testament/recommandations" afin de parer au pire, juste au cas où. J'ai rapidement réfléchi aux textes bibliques que je pourrais éventuellement apprécier pour une telle cérémonie. J'ai très facilement et rapidement trouvé la lecture non évangélique, car il n'est pas si difficile de trouver un texte qui n'évoque pas directement les dogmes de l'Eglise, et qui contient simplement de beaux mots et de belles images. Par contre, côté évangile, je sèche toujours. C'est qu'avec les évangiles, il y a Jésus partout. C'est beaucoup plus dur ...

A la sortie de l'église, une des premières choses que j'ai dites à ma mère, qui m'accompagnait, c'était que si jamais je devais mourir avant elle, il était hors de question qu'on me fasse subir des discours sur les vertus de la foi (que je n'ai pas), sur le baptême qui me permet d'avoir une chance d'être "sauvée" (je ne reste baptisée que par respect pour mes parents et mes ancêtres, pour ce qu'ils ont voulu me transmettre et par respect pour une part de cette culture, de cette tradition, que je me suis appropriée à ma propre manière), sur Jésus qui va racheter mes péchés (parce que toute imparfaite que je suis, je sais que je ne suis pas mauvaise au point que j'aie besoin d'être "rachetée"), sur ma place espérée auprès de Dieu (non, je ne postule pas du tout à une place auprès de Dieu) ou à une potentielle résurrection (ça ne m'intéresse pas non plus). Ma mère m'a répondu que j'avais des demandes compliquées. Mais non, je ne pense pas que ce soit impossible. Si des prêtres peuvent marier des couples dont l'un des époux est athée en évitant les mentions qui fachent (et j'y ai assisté), ça doit bien pouvoir être possible pour des défunts. De toutes manières, à quoi ça les avancerait de mentir sur la foi et des pratiques que je n'ai pas? Ma famille sait bien ce qu'il en est ; ce serait une gigantesque, ridicule et cynique mascarade, dont ils seraient aussi victimes, puisque connaissant parfaitement la vérité.

Il y a plusieurs années, j'avais assisté à la cérémonie païenne d'enterrement d'une grande prêtresse de Fellowship of Isis. Cette expérience m'a beaucoup marquée, parce que la cérémonie qui a été bidouillée à la va-vite pour elle était très loin de ce qu'elle aurait pu être en droit d'attendre, compte tenu de ses convictions et de son engagement lorsqu'elle était vivante. Ce jour-là, j'ai pris la décision que je ferais tout mon possible pour qu'une telle chose ne m'arrive pas. S'il existe des rituels de funérailles dans les traditions sorcières et païennes, leur réalisation est en général beaucoup plus compliquée, puisque cela implique que le rituel soit déjà prêt et accepté par la famille, qu'il y ait au moins une personne disponible pour officier, et qu'il y ait un lieu. En somme, en France, c'est mission quasi impossible d'avoir tout cela réuni dans le court laps de temps qui s'écoule entre le décès et l'enterrement. J'ai la chance d'être entourée de quelques personnes susceptibles de pouvoir me rendre le service d'officier, si par un mauvais tour du destin, je venais à mourir un peu tôt. Il reste cependant encore à composer un rituel qui soit à la fois réalisable, beau, et qui convienne tout à fait à ma sensibilité. Cela n'a rien d'impossible, il faudrait juste que je remette ça en chantier. Car si parfois un coup du destin nous secoue suffisamment pour nous pousser dans une direction, dès que la vie reprend ses droits, et qu'on se dit qu'il n'y a aucune raison de mourir avant longtemps, finalement, on ne prépare rien. Comme si préparer ses funérailles serait en soi porteur de malchance (il y a bien-sûr une part un peu superstitieuse dans cette procrastrination funéraire). Mais je crois bien que je vais m'y remettre. J'ai acheté "The pagan book of Living and Dying" de Starhawk, qui devrait me donner des idées, et ce sera une tâche appropriée pour le mois de novembre. Ainsi, si je sais que je n'échapperai probablement pas à la messe d'enterrement chrétienne, je pourrai dormir sur mes deux oreilles en sachant qu'un petit peu avant ou un petit peu après, je pourrai recevoir une cérémonie de passage qui elle, sera vraiment pour moi.

 

04 octobre 2015

Rentrer enfin chez soi sur sa terre d'adoption

escalier

 

Il y a un an, j'écrivais un article au sujet des autels portatifs, utiles afin de transporter partout avec soi ses pénates et trouver toujours un point d'accroche, un centre de pouvoir, même loin de chez soi. Cet article avait été motivé par un mode de vie partagé principalement entre deux endroits, parfois plus, ce qui m'avait conduit à chercher une solution pour rester ancrée, pour ne pas me perdre en chemin. 

Avec du recul, je crois que le problème n'était pas uniquement le fait de vivre en deux endroits ou plus. Le vrai problème, c'est que je n'aimais vraiment pas cet autre endroit où je passait la moitié de mon temps. Et pourtant, j'ai fait des efforts. Je ne peux pas dire si c'étaient les gens (qui pourtant ne sont pas plus méchants qu'ailleurs), le paysage (qui n'est pourtant pas si fondalement différent de mes bases), le fait d'être éloignée (mais pas tant que ça non plus, puisqu'en une heure et demie je peux être rentrée chez moi) ou la langue (moins la langue finalement que le fait que les gens ne parlent pas ma langue maternelle et que je maitrise mal cette autre langue - même si presque tout le monde parle l'anglais couramment, tout comme moi - ). En fait, c'est cette dernière raison qui est probablement la plus proche de la réalité. Parce que c'était cet aspect qui me rappelait sans cesse que j'étais étrangère (même si je le suis moins que ceux qui ne font pas partie de l'Union européenne). Dans le fond, j'avais comme un acouphène intérieur qui venait interférer avec toute ma bonne volonté, comme si même si tout allait pour le mieux, je ne me sentais juste pas à ma place, pas chez moi, en dissonance avec ces lieux. Avec du recul, je vois bien que je ressentais comme un besoin de me barricader, parce que là-dehors, c'est dangereux pour moi. Parce que je ne devrais pas être là. Parce qu'il y avait comme un mur entre moi, et le reste du monde là-dehors, dans ce pays qui n'est pas le mien.

"Regarde ces maisons, on dirait qu'on est en plein Tyrol! Je suis sûr qu'ici, même les animaux parlent allemand". Cette phrase, je l'ai entendue au retour d'un récent voyage. J'étais encore en Italie, mais la frontière autrichienne n'était plus lointaine, et déjà il semblait effectivement que la terre n'exprimait plus rien d'italien. Sur le coup, j'ai tout de suite compris, cette histoire étrange d'animaux parlant allemand. Comme si la nature influençait les civilisations, et que ces dernières en retour imprimaient leurs influences sur le règne de la nature. J'y ai parfois repensé, à cette phrase. En fait, mon problème, tout ça, c'était si évident. Mon problème, c'est que j'étais déracinée et que je n'avais jamais réussi à tisser un lien avec cette région où je passe la moitié de ma vie. Je n'y étais pas parvenue parce que j'avais moi-même construit et nourri cette barrière entre moi et cette région, dans laquelle je présupposais que même les animaux, les arbres et la terre ne parlaient pas ma langue. Je m'étais enfermée dans ma certitude plus ou moins inconsciente d'être une intruse.

Pourtant, entre temps, j'avais déjà compris que la clé était d'apprivoiser cette région, et les êtres qui y demeurent. J'ai passé une partie de l'été à chercher quels esprits, quelles divinités pouvaient bien habiter ces collines environnantes. J'en ai trouvé des très sympathiques, dans des prés, des champs, des vignes, des jardins, des vergers, des bois, mais je ne me sentais toujours pas vraiment mieux. Il me manquait ce sentiment, cette sensation indescriptible, qui ne peut pas tromper, que l'on perçoit quand on est vraiment invité, accueilli par un endroit qui nous accepte comme un habitant des lieux. En fait, aucun des lieux environnants ne me plaisaient vraiment. Je ne veux pas dire que ce n'était pas de beaux paysages, non. Juste des endroits où je sentais que je ne m'accordais pas. Je cherchais la forêt, qui se trouve pourtant en grand nombre dans les environs, et j'avais l'impression que je ne la trouvais jamais. C'est difficile à expliquer. Il y avait des bois, mais pas la forêt. Pas moyen d'en trouver le chemin.

Et puis il y a deux jours, avec ce beau soleil de début encore d'automne, j'ai eu envie de sortir. Il y a une colline sacrée accolée à la ville, habitée par les Celtes qui y avaient leur sanctuaire, puis par les Romains qui y bâtirent un temple à Mercure et Jupiter. Les spécialistes pensent que ce Mercure était en vérité le Wotan des populations germaniques du coin. J'étais déjà allée une fois de nuit sur cette colline. Il y a quelque chose de puissant là-haut, mais je ne m'étais pas focalisée sur l'histoire du lieu à ce moment là. J'en avais apprécié la force, sans chercher quoi que ce soit d'autre. En lisant un peu plus sur l'endroit, j'ai découvert qu'il y a également un puit très profond non loin de là, dont la datation est incertaine. La seule certitude est que des reste d'époque romaine y ont été découverts. Wotan sur la montagne sacrée et un puit non loin de là, beaux symboles. Les risques d'embouteillages, surtout sur le retour, me retinrent cependant d'y aller. Je me suis dit que ce serait peut être pour ce week end, chose d'ailleurs faite hier.

Finalement, je suis simplement allée sur la colline juste en face. Je me suis dit que je profiterais au moins du soleil, et que si je le sens, j'userai d'une de ces pratiques qui permettent de se mettre en résonnance avec la terre et le lieu, pour se faire connaître, se présenter, créer un lien. J'ai suivi le chemin que je connaissais, et suis allée un tout petit plus loin. Et alors, je l'ai vue, la forêt que je cherchais. Elle était là en fait. Elle était en face de moi depuis le début, et je ne l'avais jamais trouvée parce que je m'étais persuadée que ce chemin ne menait qu'à des jardins. J'avais cherché plus loin, dans bien des endroits, sans jamais être retournée à l'endroit le plus évident. Et en entrant dedans, j'ai senti que c'était là et pas ailleurs. Que c'était le jour, et pas avant. Il y avait quelque chose qui avait un sens, même s'il m'échappait en partie. Ca devait être ici et maintenant.

Après avoir marché un peu, j'ai vu en haut de la colline ce qui semblait être un muret. J'ai décidé d'y aller, et ce que je prenais pour un muret s'est révélé être en faut un gros tronc d'arbre au sol, qui devait probablement servir également de banc pour les promeneurs. Je me suis assise. Il y avait la lumière du soleil qui tombait entre les branches des arbres. J'ai regardé autour, juste à côté de moi, il y avait un hêtre. Je me suis assise sur ce tronc d'arbre, et pour la première fois depuis un an, je me suis sentie bien là. J'ai ressenti la même chose que quand je suis chez moi. Alors que le vent ployait très doucement les branches de ce hêtre, il me sembla que c'était lui qui me saluait. Je ne l'ai pas remarqué immédiatement. Je me suis dit qu'il y avait probablement une raison très rationnelle qui faisait que ces branches ployaient de cette manière si lente, comme un salut gracieux. Ca me fait des fois doucement rigoler quand je lis des témoignages de personnes parlant de "signes dans leur vie". Pas que je n'y crois pas, loin de là. Mais c'est comme le principe des cultes à mystères : il y a quelque chose pour moi qui est comme indicible. Qui, une fois mis par écrit ou raconté, ne peut paraître que trivial, ou sembler ridiculement illuminé. Ce qu'il y a de plus sacré dans ce qui nous dépasse, dans le Mystère, ne devrait pas être défloré. Et qui d'ailleurs explique pourquoi j'écris peu sur mes propres expériences et mon vécu spirituel et magique. Mais quoi qu'il en soit, ce moment relevait de cette indicible succession de petites choses, qui mises bout à bout, se révèlent comme un tableau d'ensemble, avec sa propre grammaire, son propre phrasé.

Par deux fois j'ai commencé ce petit rite de mise en contact avec la terre et les esprits des lieux. Par deux fois, exactement au même moment, j'ai été interrompue par un promeneur. La première fois, parce que j'ai entendu ses pas et que j'ai été perturbée par la sensation qu'il allait venir me voir (même si en fait j'étais assez loin et peu visible), et la deuxième fois, parce qu'il est revenu et qu'il est vraiment venu me voir. Il a fait irruption après avoir couru jusqu'à moi pour me demander son chemin. Moment très étrange, où je passais de la crainte instinctive d'un stayre humain à celui où je me rends compte que c'est un sympathique et spontané jeune homme qui semblait sorti de nulle part. Il a finalement choisi de suivre un chemin qui était tout sauf le plus court et le plus sûr pour rentrer chez lui. Et juste après qu'il soit parti, j'ai remarqué quelque chose qui m'avait complètement échappé jusqu'alors. Juste derrière le hêtre et devant l'endroit où s'était tenu ce jeune homme, il y avait, matérialisé sur le sol par des branchages, un cercle complet.

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C'est fou, il était là, juste devant moi, et je ne l'avais pas vu. Peut être était-ce la lumière tombant des branchages qui m'avait éblouie de sorte que ce cercle était resté dans l'ombre. Et forcément, de me demander si ce cercle correspond déjà à un lieu de pratiques magiques ou spirituelles. Quoi qu'il en soit, il m'est apparu que c'était là et pas ailleurs que je devais réaliser ce rite. 

Quand je suis redescendue de la colline, j'ai eu l'impression qu'une éternité s'était écoulée depuis le moment où j'y étais arrivée, et que j'avais parcouru une distance si grande que j'étais arrivée dans une autre contrée. Et que j'y avais vécu des choses extra-ordinaires, rares et qui doivent toujours demeurer précieuses. Que j'étais régénérée. 

J'avais, ces mois passés, perdu beaucoup de mon énergie face au stress, à des angoisses, au travail, à une impression d'avoir trop de choses à réaliser pour trop peu de temps. D'être emprisonnée dans tout cela sans échappatoire. Et de fait, de voir des problèmes de santé aussi ennuyeux qu'inexplicables apparaître. Mais pour la première fois depuis des mois, dès le soir même j'ai ressenti cette énergie d'avant revenir. Je ne me suis plus réveillée épuisée après pourtant bien plus de sommeil que je n'en avais besoin il y a quelques années. Je ne peux pas dire si ces bienfaits demeureront ou non, mais c'est suffisamment exceptionnel pour que ça m'ait poussé à le raconter. Et ça continuera de me donner à réfléchir sur le lien conscient ou non entre le lieu et les êtres qui l'habitent. On a beau le savoir déjà, un jour, l'expérience vécue rattrape tout le reste.

 

28 septembre 2015

Le droit à la bêtise

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Aujourd'hui, j'ai une énième fois lu quelque part sur la toile paganisante des propos que j'ai trouvé complètement stupides. Oui, je le dis sans détour. Sans chercher à rendre la chose plus diplomate, moins apparamment condescendante. Non, j'ai trouvé ça vraiment débile. Et puis je me suis retenue d'y ajouter le moindre commentaire. Je vieillis, j'essaie de devenir plus sage, ou à défaut, de foutre la paix aux gens. Je n'y arrive pas toujours, mais j'y travaille. J'ai déjà trop de choses à faire, trop de travail sérieux, urgent et portentiellement ennuyeux. Et quand je ne fais pas ça, j'aspire de plus en plus au calme et à la sérénité. Il y a toujours ces deux parts de moi, l'une qui est outrée en lisant des bêtises et qui se sent l'âme d'un croisé, et l'autre qui aime bien jouer un peu au jeu de l'ironie et parfois du cynisme. Mais avec le temps, je trouve de plus en plus que ça en prend trop, du temps que je voudrais consacrer à autre chose. Et puis à quoi bon, je ne peux pas changer les choses ou les gens. Le monde ira où il a envie d'aller.

 

Quand il y a 10 ans, déjà, j'ai décidé de me spécialiser dans l'histoire ancienne, dans l'histoire des femmes et de la religion à Rome, j'étais pleine d'idéaux grandioses. Je voulais, comme beaucoup, participer au grand oeuvre de l'univers sorcier et/ou paganisant, apporter une contribution que "moi-seule" pourrait apporter, non pas parce que personne ne serait suffisamment intelligent pour le faire (je n'en suis pas à ce point ...) mais parce que c'est moi-même qui me proposais de le faire, que personne n'avait choisi cet angle d'approche, ces recherches, cette thématique travaillée de la sorte. Je me voyais un peu comme une sorte de sybille historienne, dont la contribution serait aussi un don gratuit que je faisais de moi-même. Pas un don complètement désintéressé non plus, car si je ne cherchais ni la célébrité ou la gloire ou une renommée grandiose, j'espérais au moins d'une part en faire mon métier et en vivre, et d'autre part, j'espérais que cela pourrait être utile à d'autres qu'à moi. Si pour le premier point, ça ne va pas trop mal (quoique les espoirs de vivre uniquement de recherches universitaires restent assez médiocres en France de manière générale pour les sciences humaines), j'ai peu à peu fini par comprendre que pour le deuxième point - qui avait tout de même été une de mes motivations initiales - et bien je pouvais toujours m'assoir dessus. Mon travail, pour intéressant et constructif qu'il soit, était désormais souvent d'un niveau non pas inaccessible au commun des mortels, mais dont la lecture n'est pas suffisamment distrayante pour être attractive. Les écrits universitaires, à part pour se donner un coup de massue les soirs d'insomnie, ce n'est pas le genre de lecture plaisante qu'on fait pour s'instruire en se divertissant. Il n'y a pas de paillettes, pas de formule romancée, et pour trouver du rêve, il faut avoir une imagination bien entrainée. Je le sais pour avoir vu les miens prendre des teintes durement réalistes au fil des années. Là où j'ai gagné en précision et en proximité avec ce que l'on peut savoir de la "réalité", j'y ai perdu en sentiment épique, en enthousiasme inspiré, en regard émerveillé. Du moins, je me bats encore parfois pour conserver ce qui peut l'être, car après tout, en faisant un petit effort, on peut toujours garder "son âme d'enfant", ou de grand enfant. On peut toujours réussir à s'émerveiller de la nature humaine, en dépit de la cruauté, de la corruption, de la haine, de la violence ...

 

Bon et puis sinon, je ne suis pas toute seule non plus à travailler pour que des connaissances historiques soient mises à disposition du plus grand nombre. Il y a en fait pas mal de monde qui le fait, et beaucoup de ces gens ne font absolument pas partie de la sphère pagano-sorcière. Il n'en demeure pas moins qu'ils existent et qu'ils se trouvent facilement dans toute bonne librairie (et probablement via des sites de commande par correspondance). Oui mais voilà, le temps passe, et parfois, je ne vois pas beaucoup plus de changements, comparé à il y a 10 ans (et je ne parle bien entendu pas uniquement du micro sujet des femmes et de la religion à Rome). Combien de fois je me suis dit que le paganisme en France méritait sa réputation d'illuminés new age ou au mieux, de gentils rêveurs un peu neuneus. Ah je ne dis pas que je ne suis pas neuneu, je crois fondamentalement que nous le sommes tous à degrés divers. Je ne dis ni ne pense pas que mes convictions ou pratiques, faute de parler de croyances, sont moins ridicules que celles du voisin/e. Tout ça fait partie de ma vérité intérieure, de mon système de perception du monde et des choses qui gravitent autour (en haut, en bas, en biais, et tout le toutim), et c'est vrai parce que je sens ça comme ça et pas autrement. Pour moi. Mais au moins, je sais faire la distinction entre la perception que j'ai des choses, ce qui pour moi relève du ressenti et de l'inspiration, et les lois de la physique/de l'histoire/de l'anthropologie etc ... Bref, je ne prends pas mes rêves pour des réalités. Et quand je parle de rêve, je ne parle pas de néo-shamanisme, d'UPG ou quoi que ce soit, non, je me contente juste de ne pas réécrire l'histoire (par exemple en inventant des divinités "qui existent de tout temps", des ordres de prêtresses qui existaient "plusieurs siècles avant J.-C. c'est à dire quand les Romains dominaient encore l'Angleterre (!)" etc ... etc ... bon sang c'que la liste pourrait être longue!).

 

C'est ça, ça m'énerve!

 

Il y a plusieurs années, quand j'étais toute jeune étudiante, je me demandais ce qui pouvait bien empêcher des gens, qu'ils soient païens, sorciers, shamans, néo-druides, trucs fluos en peluche avec une corne sur le front ou autre, d'ouvrir un foutu vrai livre d'histoire avant de poster partout des âneries. Et même juste de croire à ces âneries. C'est qu'en plus ces âneries sont prolifiques, elles ont une bonne visibilité sur le net. C'est ballot pour ceux qui essaient de donner une image bien sérieuse du paganisme au grand public. Tant d'efforts si aisément ruinés parce que ce que veut le grand public en général (enfin le même public qu'on retrouve devant les télé réalités), c'est du fun, du paillettes, du gentil doux-dingue dont on aime bien rire un peu. Allez, ne soyons pas triste, c'est toujours mieux que d'être pris pour des méchants satanistes qui sacrifient des chatons les soirs de pleine lune (et tout le monde sur le net le sait, on ne touche pas aux chatons, même pas en pensée!). Quoique c'est discutable, d'une certaine manière, les gens ont des fois peur pour de vrai, de manière presque sérieuse (si ce n'était pas irrationnel) des fidèles de Satan.

 

Du reste, je parle d'histoire parce que c'est mon domaine, certes. De manière générale, raconter n'importe quoi sur des réalités vérifiables est ce qu'on pourrait qualifier de bêtise objective, par exemple, cette histoire de prêtresses et de domination romaine (voir ci-dessus). Il y a aussi la bêtise qu'on pourrait nommer subjective. Ce sont les choses qu'on trouve vraiment idiotes parce que ce n'est pas notre sensibilité, qu'on trouve ça ridicule, kitchouille, proche de l'heroic fantasy, naïf, new age etc ... Comme tout le monde je suppose, il y a de ces trucs qui me hérissent les poils de manière subjective, que je trouve débile comme ça. Parce que ça me semble creux, parce que ça me semble tiré par les cheveux, parce que quelque part, ça chatouille dans le mauvais sens du poil des trucs auxquels je tiens, ou pour d'autres raisons de ce genre. Je dis "je", je pourrais dire "vous" aussi, puisqu'on est tous concerné. Qui n'a jamais pesté contre des fluffy/new age/reconstructionnistes/wiccans/sorciers/mediums/ufologues/druides/prêtre(sse)/chaote ... Oui! Vous, moi, on est probablement le neuneu subjectif de quelqu'un d'autre, qui a probablement ses raisons.

 

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Tout ceci est un fatras de péché d'orgueil!

(Oh ouiiii Cernunnos, fouette-moi!)

 

Bon, j'ai brossé un tableau qui n'est pas très joie. Il y a quand même des bonnes choses, sur le net pagano-sorcier. Heureusement d'ailleurs, et il y a de belles contributions qui méritent d'exister et d'être diffusées. Je souhaite tout le meilleur à tous ces contributeurs. Quant à moi, aujourd'hui donc, en lisant ces âneries et que je m'empêchais d'en commenter quoi que ce soit, presque comme un acte fondateur d'un art de vivre avec autrui dans une non-violence presque bouddhiste (ma pensée n'est pas encore bouddhiste, désolée), je me suis dit que oui, pourquoi pas le droit à la bêtise. Je suppose que c'est un droit finalement aussi inaliénable que la liberté de pensée, de croyance ou de parole. Si ça peut faire plaisir. Et ici, j'insiste, il n'est même pas question de jugement de valeur. C'est plutôt une démarche de lâcher-prise. Genre peace and love (et licornes).

 

Je n'ai qu'une vraie maxime qui me tienne à coeur dans la vie, et j'ai toujours apprécié son auteur : "il faut cultiver notre jardin".

Je retourne au mien. J'essairai d'y rester le plus souvent possible.

 

Fluffy de tous pays et de toutes croyances, je vous aiiiiiiiime!!!!!! (non pas faut exagérer non plus ... enfin allez, juste un peu. Paix amour et lumière!)

 

 

Posté par _Hedera_ à 19:30 - Commentaires [2] - Permalien [#]
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