Discor-dianique Reloaded !

21 novembre 2011

S'engager

vendetta

 

S'engager, un grand thème social qui traverse les courants sorciers et néo-païens, comme une métaphore filée qui trouve toujours du nouveau grain à moudre. Mais s'engager pour quoi? Ce petit univers pagano-sorcier a ses marottes, qui sont en général : la reconnaissance du paganisme en tant que religion (vaste programme qui n'a à mon sens aucun intérêt dans un Etat laïc), la protection de l'environnement (une lutte utile, mais on peut faire ça avec des associations totalement apolitiques et areligieuses, j'y participe ainsi de manière modeste et surtout sans tapage), la défense des animaux (surtout le loup en fait, mais quand on y pense, il y a pas mal d'animaux en danger et c'est globalement la condition des animaux, sauvages, domestiques, et de laboratoire -et oui, malheureusement- qui devrait être en cause).

Il est beaucoup moins souvent question de s'engager pour des idéaux sociaux dépassant la reconnaissance de sa spiritualité, et qui pourtant sont d'une actualité brulante actuellement. J'entends par là la lutte pour la liberté, de manière générale, qui n'est jamais totalement acquise dans nos contrées qui brandissent pourtant les Droits de l'Homme, et qui reste lettre morte dans de nombreux pays de notre planète. La lutte pour plus d'équité, pour la démocratie, pour les droits à une vie décente. Bref, ces idéaux qui étaient déjà défendus il y a 300 ans à l'époque des philosophes des Lumières, Voltaire étant de loin mon favori. Serait-ce moins tendance que de défendre les phoques sur la banquise, ou de militer pour le tri sélectif? Non, c'est juste moins "label païen certifié".

N'y a-t-il aucun païen, aucune sorcière qui soit Indigné(e)? Aucun qui ne s'inquiète de la situation économique et politique de nos vieux pays qui jusqu'ici se pavanaient d'être les gagnants de la mondialisation, dans laquelle nous vivons complètement. Car n'est-il pas vrai que beaucoup d'entre nous avons chez nous un athamé fabriqué en Chine, ou des encens, des ustensiles venants du dit Tiers-Monde? Oui bien sûr, il y a les artisans païens. Mais au vu des articles que l'on voit dans de nombreux magasins païens, qu'on ne me dise pas que personne n'achète ces objets qui ne viennent pas tous de l'artisan du terroir.

Nos racines de sorcières, du moins pour les pratiquants de la Witchcraft et la Wicca, nous ramènent à cette lutte pour la liberté. Aradia est notre Indignée. Elle n'est pas partie en "croisade" pour la protection de l'environnement ni pour la reconnaissance de ses pratiques. Aradia, c'est la Résistante face à l'oppression de la société dans laquelle elle vivait, d'après les légendes rapportées par Leland dans Aradia, l'Evangile des Sorcières. Ces histoires parlent d'une société où les puissants écrasent les faibles, où les hommes et les femmes cherchent à fuir l'esclavage, où la peur est trop présente, où la liberté est réprimée.

En fait, je suis surtout surprise que ces thèmes ne viennent jamais dans les débats des sorciers et autres païens modernes, surprise que ça ne semble pas les interroger, surprise qu'il n'y ait pas de désir d'engagement dans ces domaines là. Je précise d'emblée que je me gausse totalement des théories de complot et autres trips dans ce genre. Je ne m'intéresse à tout cela que comme phénomène de société, également comme à la crise de la dette, comme à la future présidentielle, comme aux mouvements de révoltes et de liberté dans les pays Arabes, et bien d'autres choses. Au sommet de toutes mes valeurs se trouve la Liberté, avec un grand L je vous prie. La Liberté qui ne souffre pas de compromis, celle réclamée il y a 300 ans qui est toujours aussi valable aujourd'hui, avec assez d'équité et de compassion pour assurer une forme de bonheur accessible à tous.

Ainsi, si je devais m'engager, et lorsque je le fais, c'est pour cette Liberté que je le ferais. Parce que "gardez purs vos plus hauts idéaux, toujours efforcez vous de les atteindre, ne laissez personne vous arrêter ou même vous détourner" dixit la Charge de la Déesse. Je sens des frissons me parcourir à chaque fois que ce passage est lu lors des rituels, il résonne profondément dans mes tripes. Mon idéal est un monde de paix et de liberté pour tous, toutes religions, toutes origines confondues.

Enfants d'Aradia, qu'attendez-vous pour vous lever et vous révolter? Par la pensée, par les petites actions du quotidien, par le refus de laisser son intellect s'assoupir, par la défense de la liberté de penser, et de s'exprimer. Aradia n'a pas révolutionné le monde, mais elle porte une torche qui peut nous éclairer, et montrer la voie pour révolutionner notre monde, autour de nous, au quotidien.

Adeptes du Chaos, qu'attendez-vous pour explorer l'énergie qui croit chaque jour de l'égrégore du mème de Guy Fawkes? Pour surfer sur la vague d'Anonymous, pour pirater les plus puissants (choisissez le sens que vous voulez donner à cela) tout en leur riant à la barbe (parce que "même pas peur!") pour ajouter une goutte de plus à l'océan des flux d'énergies et des technologies qui coulent actuellement, en nos temps de peurs collectives face aux abus des politiques et des financiers, au point que certains y voient le début de la fin (du monde)?  Bien sûr que non, ce n'est pas la fin du monde! Quand bien même ce serait la fin de nos civilisations sclérosées, ce ne serait toujours pas la fin du monde.

Défenseurs de la Liberté, nous portons tous le même pouvoir, chacun d'entre nous. Celui d'intervenir, ou non, pour défendre nos idéaux. Hier, aujourd'hui, et demain. Pour ne pas pouvoir dire que d'autres ont décidé pour nous sans que nous ayions bougé le petit doigt.

Funambulistes de l'existence, clowns cyniques, Jokers et Tricksters, joignez vous donc pour ajouter un peu de rires et de fun à tout cela. L'oppression et le fanatisme viennent lorsqu'on commence à tout prendre trop au sérieux.

 

Changeons donc le monde, avec conviction mais aussi avec amusement. S'engager dans des luttes essentielles, en sachant prendre du recul. Bannir par le rire.

 

 

Why so serious?...

 

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17 octobre 2011

En selle avec Rhiannon jusqu'en Mongolie

 

 

"- Maman, je voudrais faire du cheval.

- C'est non, Petite Hédéra, c'est trop dangereux! Tu pourrais tomber, te casser quelque chose, ou mourir.

- Mais Maman! Je veux faire du cheval!

- Non, c'est non!

- ... (m'en fiche, j'en ferai un jour quand même)"

 

Ca fait des années que je voudrais faire de l'équitation. Je ne dirais pas que j'ai toujours voulu en faire, non, mais j'ai voulu en faire dès lors que j'ai perçu à quel point cela pourrait être grisant, et à la fois gracieux. J'ai cassé les pieds de ma mère pendant des années, sans jamais qu'elle ne cède. Puis j'ai grandi, et j'ai vu le Masque de Zorro. Ce fut une révélation, et Elena Montero devint mon héroïne. Elle avait tout ce que l'adolescente que j'étais souhaitait devenir : belle, élégante, mais aussi et surtout, elle savait se battre à l'épée, danser avec passion, et monter à cheval. C'est alors que je me suis formée une idée qui ne m'a plus quitté durant au moins les 10 années qui ont suivi, l'idée voulant que pour être une jeune femme accomplie, il me faudrait savoir danser (en couple, si possible avec autant de fougue que dans le film), me battre à l'épée, et monter à cheval. Bien entendu, il était évident, même pour l'ado un peu idéaliste que j'étais, que cette vision de la femme accomplie n'était probablement pas celle de cette époque-ci ; j'en vins même à comprendre que ce ne fut d'ailleurs jamais l'idéal de société d'une jeune femme accomplie, ni maintenant, ni même dans les siècles passés, dans lesquels on attendait plutôt d'une jeune femme qu'elle sache coudre, faire la cuisine, le ménage, divertir durant les longues soirées d'hiver (ou en société), s'occuper des enfants qu'elle aurait, être docile et se taire.

Mais toujours est-il, dès que j'ai quitté le giron familial et suis partie pour faire mes études, je me suis mise à la réalisation de mon programme de "jeune femme accomplie". J'ai pris durant plusieurs années des cours de danses de salon, puis également des cours d'escrime, dans lesquels j'étais fière de rivaliser et vaincre des hommes. Manque de chance, les cours d'équitation ne correspondaient pas au temps libre que j'avais dans mon emploi du temps. Et puis, peu à peu, j'ai oublié. Je me suis concentrée sur la danse, et ai fait plusieurs années de flamenco. Avec ça, j'avais ma dose de fougue. J'ai cousu quelques belles robes, et avais déjà fait les mesures et quelques patrons pour une robe de bal similaire à celle que portait mon héroïne d'adolescence.

Cette année, je me suis mise à la danse burlesque, chose qui me tenait à coeur depuis longtemps, depuis que 'ai commencé à admirer le glamour d'effeuilleuses dont la plus célèbre actuellement est Dita von Teese. J'aurais également aimé faire de la danse orientale, malheureusement, les horaires n'étaient pas des plus arrangeants. Dépitée, une conversation me remit par hasard en tête l'idée presque oubliée de l'équitation. Et là, ce fut la révélation. Il était l'heure pour moi de réaliser le troisième point de mon programme, persuadée que j'étais faite pour monter à cheval. Pourtant, cette idée ne m'avait pas totalement quittée, car entre temps, j'avais attrapé une fascination pour la Mongolie, et son peuple nomade de fiers cavaliers à travers les steppes d'Asie centrale. Je me suis bercée des rythmes shamaniques et des chants diphoniques mongols, tout en rêvant de chevaucher à travers ces paysages grandioses et encore sauvages.

Sauvage, c'est ce qui résume le mieux cette symbiose que vit le cavalier avec son cheval, lorsqu'ensemble, ils apprennent à dépasser leurs limites, tout en flirtant avec le danger, ce danger que ma mère craignait tant. Passeur de mondes, le cheval l'est aussi, dans son rôle de psychopompe qu'il tient dans de nombreuses civilisations, comme les Celtes. La déesse-reine Rhiannon est la Souveraine par excellence, de la Nature, des sociétés, des éléments, du monde souterrain. Féminité sauvage et sombre, instinctive, indomptable.

Reine, guerrière, sorcière, prêtresse, cavalière. Ma chevauchée a commencé aujourd'hui, et une fois en selle, j'ai tout de suite su que j'étais faite pour ça. L'aventure continue.

 

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12 octobre 2011

Les dieux voyageurs

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Dans l'univers paganisant, la question des dieux de son sol, de ses ancêtres, est souvent une question centrale. Le ou la novice se voit proposer des courants, des traditions, des panthéons issus de peuples anciens, des peuples qui eurent une culture, et surtout, qui vécurent à un lieu particulier. Et tandis que beaucoup, heureusement, se tournent vers ces traditions du sol avec affection pour la mémoire familiale, il est également à déplorer que ce soit le terreau de racisme et de nationalisme/régonalisme extrémiste pour certains. Je le pense depuis longtemps, certaines traditions sont gangrénées de longue date par de tels individus qui ne rendent pas aisée une vision positive de tout ce qui se nomme "païen".

Pour exister dans ce milieu, il faut parfois pouvoir justifier d'une terre, d'une identité. Ah la sacro-sainte indentité nationale ou régionale, tellement politisée il y a quelques temps encore pour justifier des lois à priori laïques, mais qui restent discutables dans un pays supposé de liberté et de tolérance! Oui mais voilà, et si on n'a pas de terre natale? Pas de terre ancestrale où notre sang viendrait tout droit du sol, comme si nous y étions nés arbres avec des racines? Les Tziganes ont cette culture du voyage, cette identité de l'absence de territoire qui leur appartienne, une terre intérieure qui se déploie n'importe où, dans la conservation des traditions de la communauté. Leurs divinités, leurs esprits les accompagnent partout. Leur magie tissent des liens invisibles avec le monde qui les entoure. Et à tort, ou parfois à raison, ils sont vus depuis très longtemps comme des voleurs, des tueurs, des dangers pour le bon peuple sédentaire, des pique-assiette, des porteurs de débauche. C'est la Cour des Miracles de Victor Hugo, en un peu moins poétique et romantique. Des étrangers, des sans-papiers, comme c'est repris dans la comédie musicale.

Comment ne pas oublier que tous nos ancêtres furent des vagabonds, des étrangers, des sans-papiers dans l'Europe antique? Comment ne pas oublier que les Celtes, ces habitants de l'actuelle Autriche, déferlèrent sur l'Europe et massacrèrent sans pitié tous ses habitants pré-Indo-européens (à l'exception de quelques uns tels que les Basques), détruisant leurs cultures sans nul doute d'une grande richesse également, et faisant triompher leurs dieux dans des mythes fondateurs? Comment ne pas oublier que les Grecs ne vécurent pas du tout temps dans le pays qui porte leur nom, que les Vandales, peuple germanique, vinrent s'établir en Tunisie et qu'ils laissèrent leurs descendants, aujourd'hui blonds aux yeux bleux, et mulsulmans, dans un pays arabisé par d'autres envahisseurs venus s'y ajouter quelques siècles après? Comment peut-on penser qu'un sol nous appartient? Nos ancêtres l'ont volé à d'autres, aussi il convient de dresser des murs épais, car de nouveaux peuples pourraient bien rejouer l'histoire en leur faveur.

Cependant, tandis que beaucoup de dieux voyagèrent avec leur population, avant de se sédentariser, certains dieux voyagent seuls. Ce sont des dieux voyageurs, des dieux qui n'ont pas de nation. Ces dieux, les différents peuples s'en méfient souvent, comme de gitans divins venus semer le trouble dans leurs bonnes villes et leurs bons villages. Fauteurs de désordre pour les uns, ils sont vénérés sans frontières. Régulièrement, les autorités cherchent à les arrêter, mais toujours ils passent à travers les maills du filet, et reviennent quelque temps après, toujours plus forts, toujours plus loin. Ces dieux sont toujours des étrangers, on les dit venir d'Orient, ou d'Egypte ; de contrées évoquant les mystères, l'étrange, le fantastique, le débridé.

C'est d'abord Dionysos, que l'on dit venir d'Orient et pour cela, être efféminé, escorté de ses Bacchantes, qui sème la mania divine sur son passage et pousse les femmes à quitter leurs foyers pour s'ensauvager, courir librement dans les montagnes et dépecer de leurs mains de jeunes animaux, parfois des hommes qui auraient eu l'audace d'essayer de les espionner. C'est toujours Dionysos un peu plus tard, accusé d'être vénéré lors de rites étranges de femmes mi-prêtresses, mi-sorcières, puis de mettre à mal l'ordre de la cité lors de l'affaire des Bacchanales dans la Rome de la République. Par Dionysos, ce serait tout un complot grec contre le colonisateur Romain, ourdi dans les bas-fonds des misérieux de la Cité Eternelle. Dionysos fut chassé, mais revint de plus belles quelques décénnies après. Le grand rival du futur empereur Auguste se crut Dionysos réincarné auprès de Cléopâtre, reine isiaque, puis il n'y eut plus aucune barrière à l'errance extatique du fils de Sémélé. De l'actuelle Grande Bretagne aux confins de l'Afrique du Nord et de l'Asie Mineure, Dionysos régnait, appelant à lui les enfants de toutes les nations, lui, l'étranger qui n'est de nulle part, et qui donc est de partout.

Mais c'est aussi Cybèle, la Phrygienne, venant de l'actuelle Anatolie, l'initiatrice de Dionysos, qui peut parcourir la terre entière sur son char attelé de lions. Elle se fit recevoir comme une reine à Rome, avant d'être populaire dans toutes les grandes villes de l'Empire romain, se faisant connaître partout par ses prêtres fidèles, les Galles, des hommes qui s'émasculaient en public dans le but de se donner à leur déesse et connaître son extase.

C'est également Isis, et avec elle Osiris, qui prirent le bateau avec des marchands et répandirent leurs mystères de la Grèce à la Gaule. Les pleurs bruyants et les sistres des dévotes d'Isis se faisaient entendre de par tout le monde antique, répétant l'errance d'Isis en quête des parties du corps de son époux démembré par Seth.

C'est aussi Déméter/Cérès, en quête de sa fille Koré enlevée dans l'Hadès, qui parcourt toutes les terres méditerranéennes, essaimant son culte de l'Afrique à la Sicile, sans attendre que les autorités des cités ne lui élèvent des autels. Son culte était réputé entrer dans le coeur de nombreuses femmes.

D'une certaine manière, c'est aussi Hermès, dieu des marchants et des voleurs, l'association semblant aller de soi dès l'Antiquité, mais aussi psychopompe, gardien de connaissances ésotériques et mystiques. Un dieu trickster, comme Loki chez les Nordiques.

 

Les dieux voyageurs sont des étrangers en terres divines et en terres humaines, des sans-papiers, des menaces pour l'ordre, des pervers, des débauchés. Du moins c'est ce que les garants de l'ordre établi dans les sociétés voudraient laisser croire. Ils sont des incarnations de la lame du Mat, qui connait les secrets des autres arcanes du Tarot, des passeurs de mondes, des figures universelles auxquelles tout le monde peut avoir accès car il n'appartiennent à aucun peuple, aucun lieu. Tantôt renégats, tantôt souverains, ils lancent un appel perpétuel à laisser tous les préjugés derrière soi et à les suivre en apatrides. En initiés libérés.

 

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23 septembre 2011

Un rituel de Mabon : Les mystères de Cybèle Chtonienne

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Avertissement : Ce rituel n'est pas donné dans son entièreté. Les dialogues sont conservés, mais certains aspects rituéliques, certains gestes rituels, ne sont pas donnés. Si vous souhaitez néanmoins les connaître ou en savoir plus à ce sujet, veuillez me contacer.

 

Rituel de Mabon : Les mystères de Cybèle Chtonienne

Ecrit par Hédéra, d'après (entre autre) l'Hymne homérique à Cybèle et les Bacchantes d'Euripide

 

Le cercle est tracé et les éléments invoqués.

 

Une prêtresse :

Nous t’invoquons, Cybèle et nous te chantons, une fois encore, Mère de tous les Dieux et de tous les hommes, Muse harmonieuse! Le son des krotales et des tympans te plaît, et le trépignement des pieds, et le hurlement des loups, et le rugissement des lions féroces ; et les montagnes sonores te plaisent, et les gorges boisées.
Nous te saluons ainsi par notre chant, et nous t’appelons à nous, toi et toutes les Déesses.

 

Une autre prêtresse :

Car est venu le temps de l’équilibre restauré entre le jour et la nuit, lorsque les arbres ploient sous les fruits et que ta munificence se manifeste à travers toute la nature.

Déesse sauvage et sage, généreuse et pourtant impitoyable, ta loi est la mort accompagnant l’extase de la vie, et ainsi, tu es la mère initiatrice du divin Dionysos, et la terre qui recueille le sang du jeune Attis, ton amant, fauché avant d’avoir atteint la maturité, émasculé, sacrifié sur l’autel de la passion.

Io Evohé Dionysos ! Io Evhoé Attis ! (cris accompagnés de tambourins)

Tous ensemble : (toujours accompagné de cris et de bruit)

Heureux qui célèbre les orgies de la Grande Mère, de Cybèle ! Et suivant la loi divine, et, brandissant le thyrse, couronné de lierre, sert Dionysos ! O Thèbes, nourricière de Sémélé, couronne-toi de lierre !

De la terre d'Asie, tous accourent, tâche agréable à Bromios, fatigue qui n'est pas une fatigue, pour crier « Évohé ! » en l'honneur de Bacchos. Qu’on s’écarte, car selon le rite, avec l'hymne d' « Évohé! », je célébrerai Cybèle, Dionysos et Sémélé ! (répéter 3 fois « je célèbrerai …)

 

Un grand cri interrompt les invocations.

Prêtresse :

Chuuuuut … écoutez les paroles des mystères … et dansez !

 

Tous commencent à tourner doucement autour du cercle, d’un pas lent et furtif. Chacun dit à tour de rôle :

 

La déesse sauvage et chtonienne recueille le sang du sacrifié et s’apprête à descendre sous la terre où l’a précédée l’amant qui l’aime.(du jus de raison ou du vin est versé dans le sol, mieux, un raisin est écrasé afin que le jus coule le long des doigts dans le sol)

L’amant a versé son sang, est mort et enterré, vive la Déesse chtonienne en qui il vivra pour l’éternité !(les danseurs se baissent, rampent et caressent la terre, puis se relèvent)

L’initiatrice a parlé du mot d’or qui reprend la vie et donne la mort. La joie sur terre a triomphé, dans l’abondance offerte, chantons l’évohé !(bras écartés, en tournant sur soi-même tout en continuant à marcher)

La mort a frappé mais le temps n’est pas encore à pleurer. Fêtons la vie qui est perpétuée sur le corps de ce qui est passé !(on retire le voile d’un gâteau, posé sur le sol, puis présenté sur l’autel)

Célébrons l’ivresse du raisin pressé, du fruit fermenté, et des dons secrets de la forêt.

Io ! Evohé ! Io ! Evhoé !

 

Danse extatique et levée du cône de pouvoir.

 

Bénédiction boisson et nourriture avec charge à la passion.

 

Remerciements et renvoi du cercle.

 

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22 septembre 2011

Le temps du secret

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Ca fait bien longtemps que je n'ai plus écrit grand chose d'un peu consistant. Manque de temps, manque d'envie de partager sur le net, manque d'envie de consacrer mon temps à cela et non à d'autres choses. Jamais manque d'idées ou de pensées. Toujours le même foisonnement intérieur et autant d'implications dans les choses concrètes, plus encore en fait.

Ces dernier mois, j'ai ressenti comme un repli en moi-même, un besoin de m'enrouler sur moi-même comme un serpent, et de m'activer sur les choses intérieures, et internes. Par interne, j'entends ma vie à l'échelle du quotidien, la famille, les amis, et le coven. Là, les idées se sont épanouies et réalisées, des progrès purent être faits. J'ai ramassé mon énergie dispersée ça et là, et je l'ai concentrée entre mes mains pour ce que mon intuition me poussait à faire, sans même y penser longuement. Une question d'instinct, entre de l'instinct de préservation et l'instinct qui sait mieux que nous ce que nous devrions faire sur l'instant.

J'ai l'impression de sortir des bois pour écrire cela. Je m'y suis rendue à la fois seule et accompagnée. C'est le temps du secret, ce moment où on se retire profondément en soi, où on revient sur l'essentiel, un essentiel forcément en partie égoïste, car tourné vers l'intérieur. Et dans ce retirement qui n'avait pourtant pas les allures d'un ermitage triste et morne, on pose les jalons des temps futurs. Dans le temps du secret, il n'y a plus que soi-même et son clan, le monde tourne sans nous. Les idées et les pensées nous nourrissent, rien que nous, comme si les garder sans les exprimer clairement les faisaient fermenter, décanter en une substance primaire des plus nutritives. Un substance quasi maternelle, qui n'est là que pour nous, comme l'enfant qui jouit goulument de l'égoïsme de posséder sa mère pour le moindre de ses besoins, le moindre de ses désirs.

Le temps du secret, c'est la jeune fille libre qui est aussi vieille sorcière solitaire. C'est un temps où la mère s'est retirée, en partie au moins, et dans notre intériorité immédiate. Le temps du secret, c'est lorsqu'on laisse notre esprit et notre âme entièrement ouverts à la nouveauté, à l'expérience, à l'apprentissage en abandonnant de nombreuses certitudes au passage. Et c'est le besoin du silence, de la parole retenue, de la conservation de mystères déjà connus ou tout juste découverts. C'est se taire, après avoir su, voulu, et osé. C'est le temps nécessaire avant de pouvoir revenir de la caverne pour témoigner de ce qu'on y a trouvé.

 

Je ne suis pas certaine que le temps du secret soit tout à fait achevé. Mais je veille non loin de là. Je pense que je vais peu à peu réémerger à la lumière. C'est un peu ironique dans le fond, au jour où s'apprête à entrer dans la partie sombre de l'année. Allez savoir pourquoi!

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15 août 2011

Brèves du Paradigme de la Sphinge

Sphinge

Voilà bien longtemps que je n'ai rien posté, mais la vie ne saurait tarder à revenir ici. Avant d'entrer dans le vif du blog, quelques nouvelles en vrac :

- Pas vraiment neuf, mais digne d'être cité, l'initiation d'une nouvelle sorcière et prêtresse au sein de notre coven, lors d'Imbolc.

- Ordination de Hyouden et moi-même par Linda, Prêtresse Hiérophante et fondatrice du Lyceum du Lotus of Alexandria au sein de Fellowship of Isis, qui a bien voulu terminer la formation que nous recevions auprès d'Alison Gould, fondatrice du Lyceum Healing of the Stars où nous allions à Karlsruhe, et qui est décédée en février 2010. A cette occasion, nous avons dédié ce degré de prêtrise à Cerridwen pour moi, et à Isis pour Hyouden.

- Une des conséquence de cette ordination est la création de l'Iseum du Chaos, approuvé par Linda au sein de F.O.I. et dont l'existence sortira du cadre privé dans les mois qui viennent.

- La célébration du handfasting d'un des membres de notre coven, Breven, le 2 juillet, avec son compagnon en présence des deux familles et de leurs amis. Ce fut un moment intense et plein d'émotion.

 

Nous sommes toujours sur le chemin de Thèbes ...

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20 février 2011

La sorcellerie, entre secret et surmédiatisation : quand trop, est-ce vraiment trop?

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Dans les temps anciens, et même déjà dans l'Antiquité, il ne faisait pas toujours bon de trop parler de pratiques magiques. Il y avait la réputation, et en certains moments, un peu trop de laisser aller au niveau des commérages pouvait s'avérer clairement dangereux pour sa vie. Il en résulte que sorcellerie et secret ont depuis longtemps joint leur destinée. Et puis, depuis le XXe siècle, la fin de la domination des Eglises dans notre monde occidental, la laïcité en France, les Constitutions de pays démocratiques, la Déclaration universelle des Droits de l'Homme, bref depuis tout ceci, il est aquis que chacune et chacun peu croire et pratiquer la religion ou la spiritualité de son choix sans encourir le moindre risque légal. Ainsi, entre autres choses, la sorcellerie sous diverses tradition est sortir du placard à balais et a peu à peu commencé à s'étaler sur la scène spirituelle internationale.

Février est un bon moment pour les initiations. C'est aussi un bon moment pour prendre la température du milieu, de son regard par lui sur lui-même, de ses manières de s'auto-célébrer et de s'exprimer. Imbolc fut pour nous autres du coven du Paradigme de la Sphinge, un jour de sabbat mais aussi d'initiation pour l'une des nôtres. Suite à cela, je suis restée quelques temps pensive. Un tel évènement devrait être annoncé, tout comme on publie les bans d'un mariage ou tout comme on annonce les décès. Bref, sacrifier à une sorte d'Etat civil magique et spirituel. Mais voilà, annoncer cela où? Nous autres membres du coven sommes forcément tous au courant, puisque nous étions pour la plupart présents.  Annoncer cela au cercle extérieur de la Sphinge, à ceux qui suivent l'enseignement à distance? C'était une idée, après tout, ils font aussi partie des nôtres. Mais en quel lieu le faire? Ce blog n'est pas celui du coven, c'est juste le support de ma voix et ma pensée. Ce n'était donc pas le lieu le plus approprié. Nous avons un forum interne, mais qui fonctionne bien peu à présent, l'essentiel se faisant plutôt par échanges de mails. Je choisis donc de mettre une annonce sur un forum de Wicca à vaste portée, où le coven a un petit coin à lui. Cela me semblait ainsi remplir la nécessité, et seulement la nécessité : faire l'annonce de l'initiation, mais de manière discrète, suffisamment pour ne devoir attirer l'attention que des membres intéressés. Certains me demandèrent la raison d'un choix si modeste.

A vrai dire, la réponse la plus simple est parce que je le sentais comme ça et pas autrement. Parce que je pense que notre nouvelle initiée le sentirait comme ça aussi. Et parce que je me demande de plus en plus à quoi cela servirait d'en faire de plus visibles annonces. Parce qu'à vrai dire, qu'on se le dise franchement, tout le monde s'en fiche de qui est initié à quoi. Certains trouveront ça positif pour la personne initiée, la plupart ne s'intéresseront pas à cette annonce. Alors si la grande majorité n'a que faire de ce genre de choses, pourquoi vouloir s'exposer? La réponse est bien évidément simple et est exactement la même que pour les mariages : parce qu'il est agréable d'avoir sa petite heure de gloire, d'avoir un instant de brossage de son ego, de goûter à une sensation de grandeur, d'élévation, d'extra-ordinaire.

J'exagère un peu, et cela donne l'impression que je suis méprisante. Pourtant, c'est faux. Je comprends fort bien qu'il est très bénéfique et très sain à chacun d'être de temps à autres célébré pour une réalisation personnelle. Mais je me demande , en vertu des anciennes traditions de secret, ou du moins de discrétion, à quel moment trop, c'est trop? Nos spiritualités et nos pratiques de sorcellerie nous viennent principalement du monde anglo-saxon, avec beaucoup d'influence américaine. Or, leur manière de considérer la politique autant que la religion comme un show bling bling est bien connue. Il suffit de comparer un show de campagne présidentielle avec un show d'Eglise évangélique pour s'en rendre compte. Ceci étant leur norme, les cultes néo-païens et sorciers s'inscrivent tout naturellement dans cette veine (avec le bling bling en moins pour ceux qui militent pour l'écologisme). Les comportements en Europe commencent progressivement à changer et s'adaptent à cette mentalité outre-atlantique, mimant naturellement ce qui nous est transmis, d'autant quand nos enseignants nous viennent de ce monde anglo-saxon.

Il ont pourtant du bon, les anglo-saxons. Une tolérance plus vaste que la nôtre, ici en France. Une tolérance d'ailleurs qui, parfois, semble un peu trop tolérante sur certains points, sur cetaines déviances. Quant on sait que la Scientologie y est religion officielle et reconnue, ça en dit long. Mais voilà, en mon âme et conscience, je sens que la sorcellerie, la Wicca, la spiritualité, n'a pas grand chose à gagner à s'étaler au devant du public, d'un public souvent blasé qui, comme je le disais, se sent bien peu concerné par nos petites vies, et donc, à nos moments importants. Tout comme avec les anniversaires qui sont affichés partout sur les forums, comme pour s'en souvenir, mais qui n'intéressent en fait personne, ou si peu de monde, nos proches, ceux que l'on cotoie vraiment.

Tout comme ces fameux amis sur Facebook et qui sont souvent des gens qui ne sont même pas connus. Comme si l'essentiel était de collectionner un nombre de contact, et surtout, de se montrer, d'annoncer au monde ce dont le monde se fiche bien mal, mais en se disant pour soi que le monde doit être captivé. Bien sûr, ça ne fait pas de mal. Et personne ne sera dénoncé et amené au gibet pour avoir annoncé officiellement qu'une telle ou un tel est initiée sorcier(e) ou prêtre(sse).

Mais en fait, boycottant depuis longtemps Facebook, je m'incris dans le nombre de ceux qui aiment mieux partager en petit nombre de happy few que je connais vraiment, que d'étaler ce qu'il me semble important de garder secret, ou bien simplement de garder pour soi dans sa vie privée. Un peu de discrétion, un peu de modération, et un peu de modestie vis à vis du monde. On peut se célébrer comme des déesses et des dieux en petit comité, nous savons entre nous que nous le valons bien. Nous connaissons notre valeur incommensurablement incomparable et nous lui vouons un culte avec l'usage de beaucoup de recul et de second degré. Prenons nous au sérieux, juste un peu, juste ce qu'il faut, mais surtout pas trop.

Le Candide de Voltaire l'a bien dit, mieux vaut cultiver son jardin. Il n'y a pas de muraille autour du jardin, viendra qui voudra pour le contempler et discuter avec ses jardiniers.

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30 janvier 2011

Sort d'Imbolc traditionnel pour la prospérité (Sud-Ouest de la France)

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Ma grand-mère était une sorcière, mais elle ne le savait pas ...

Voici un sortilège d'Imbolc que j'ai appris aujourd'hui par mon père, alors que je petit déjeunais avec ma famille ce matin et que nous parlions des traditions de la Chandeleur. Ce sortilège est, semble-il, traditionnel du Sud-Ouest de la France, et sert à attirer la prospérité, la protection, le bonheur et la santé dans un foyer. Bref, un sortilège général. Il y a peu de chances que ma grand-mère, et toute personne l'ayant pratiqué, ait eu conscience qu'il s'agissait de sorcellerie, et pourtant...

Ce morceau de sorcellerie des campagnes est très simple à réaliser.

Préparez des crêpes à partager avec votre famille et/ou vos amis. Avant de les déguster, laissez de côté la première crêpe, ne la mangez pas. Prenez une pièce de monnaie, de préférence en argent (sinon, une pièce d'un ou deux euros fera bien l'affaire). Placez-la au centre de la crêpe, puis enroulez la crêpe sur elle-même, incluant ainsi la pièce. Emballez ensuite soigneusement cette crêpe dans du papier alluminium (avant l'arrivée de l'alluminium dans les maisons, c'était probablement fait avec du tissu et du papier, et ce peut encore être réalisé ainsi avec un tissu de couleur verte ou bleue par exemple, mais pour des raisons d'hygiène, on comprendra l'intérêt de l'alluminium), puis déposez-la en haut d'une armoire, de préférence dans l'entrée, la cuisine ou la pièce principale.

Laissez-la en place durant toute l'année, et ne la retirez que pour en placer une nouvelle, lors de l'Imbolc de l'année suivante. Enterrez alors ce qui reste (sans le papier alluminium) de la crêpe de l'année passée.

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30 décembre 2010

Du fantasme mystique du démembrement au fouet wiccan

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Comme souvent, la rédaction d'un article continue de me trotter en tête quelques temps après l'avoir achevé. Et en ce cas, je restais portée par la mystique de ce poème où Shiva et Kali s'expriment "sur la terre charnelle" (voir article précédent). A chaque fois que je relis ce texte, et peut être de plus en plus à mesure que je le relis, je me trouve fascinée par ce qu'il dégage. Comme il le dit lui-même et à juste titre : c'est une description de l'extase. Une extase de la destruction de soi-même, une extase de l'annihilation.

L'extase, une sensation de béatitude qui est par ailleurs fréquemment associée à l'orgasme, aussi communément nommé la petite mort. C'est une idée qui n'a rien d'original que d'associer l'amour à la mort, Eros avec Thanatos, les deux se suivant, allant de pair ... les deux étant des voies pour le paradis, pour le nirvana (aux sens commun et religieux). Certaines représentations tantriques montrent parfois un Shiva mourant s'unissant sexuellement à Kali. Il y a donc bien une idée mystique de démembrement extatique, qui se retrouve en d'autres cultes mystiques ou à mystères : le démembrement de Dionysos par les Titans tout en représentant une figure divine puissamment vivante, phallique, solaire et à la fois chtonienne, inspirant la folie, poussant les bacchantes légendaires à dépecer de leurs mains des animaux de la forêt. Il y a le démembrement d'Osiris, auquel Isis rend la vie sans pouvoir néanmoins retrouver le phallus, et pour qui elle dût lui en fabriquer un nouveau. C'est en s'unissant à Osiris revenu à la vie et doté de ce nouveau phallus artificiel qu'elle conçut Horus. On trouve une autre forme de démembrement dans le mythe de Cybèle et d'Attis, lorsqu'Attis s'émascule pour se donner à sa déesse, celle qu'il aime. Le premier geste d'engagement dans la prêtrise de Cybèle pour les hommes était, à la suite d'Attis, de s'émasculer. Des chroniqueurs de l'Antiquité racontent que ces hommes, nommés les galles, qui s'émasculaient en public, sans anesthésie, dansaient ensuite dans l'extase de leur douleur qu'ils offraient à leur Déesse afin de s'unir à Elle.

Ces mythes et pratiques de cultes à mystères rappellent de manière exacerbée le lien entre extase sexuelle, souffrance extrême et mort par annihilation de l'ego (passant par une destuction physique réelle). On peut se demander la raison de tels mythes, et par là de telles pratiques dans le cas de fidèles ayant cherché à se rapprocher de leur divinité par l'imitation. Pour le plus grand nombre, ces pratiques paraissent excessives, cruelles, malsaines, masochistes. Des pratiques à proscrire, à bannir. Voilà le coeur du Mal que représente paganisme, tel qu'il fut dénoncé par les théologiens chrétiens de l'Antiquité, puis du Moyen-Âge et des siècles d'après. Et la dénonciation d'une sorte de fascination pour le sang, le sexe, la violence et la mort consentis dans un but mystique m'a ramené en mémoire ce débat sans fin de l'usage du fouet dans la Wicca traditionnelle.

Toute pratique quelque peu borderline est normalement stigmatisée et dénoncée par le commun. Toute pratique "sale", liée aux fluides vitaux tels que le sang, le sperme, les secrétions vaginales ; toute pratique "sale" parce que menant à un état modifié de conscience, un état extatique par ces voies : le sexe et la douleur (la mort également, mais elle n'est alors pas physiquement recherchée dans ce type d'expériences mystiques). Notre société encore basée sur des racines morales judéo-chrétiennes, surtout chrétiennes en ce cas précis, ne peut accepter une extase mystique induite par le sexe ou la souffrance. L'extase mystique, liée à l'expérience du divin, ne peut être induite que par une illumination, un état de béatitude réservé à quelques élus, ou à ceux qui ont consacré leur vie à la prière et au retrait de la vie profane. Il y a bien une notion d'extase dans la douleur, dans le cas de certains saints (surtout des saintes d'ailleurs), recevant les stigmates du Christ et souffrant dans la joie de l'union avec le Christ. Et donc, il existe bien également une notion chrétienne d'extase sexuelle dans l'illumination divine, il suffit de jeter un oeil à la célèbre sculpture de l'Extase de Ste Thérèse par Le Bernin, dont le visage de la sainte exprime plus une expression d'orgasme que de chaste béatitude divine.

bernintransverb

extase

Cependant, tout ceci reste confiné au domaine des saints, donc à une exception hors de portée du commun des mortels, et qui ne fait pas partie des canons de l'Eglise. Le Moyen-Âge vit naître un mouvement de flagellants, lors de l'apparition de la Peste Noire. Ces flagellants allaient de ville en ville en se flagellant, afin de se purifier du mal, se garantir contre la peste, et éventuellement concourir à purifier toute la société du Mal. C'était un mouvement de pénintence, et non à vocation extatique. Et quand bien même, il fut rapidement mal vu, puis interdit. Ce type de phénomène réapparait sporadiquement dans l'Histoire dans des moments critiques, comme lors du siège de Paris par Henri IV, encore protestant, à la fin du XVIe siècle. Cependant, ces pratiques ne sont pas en lien avec une quête de l'extase et servent plutôt d'exemple à ceux qui veulent démontrer que le christianisme est une religion favorisant les mortifications au détriment du bien-être et de la jouissance des plaisirs de la vie.

Ainsi, pour revenir au sujet de l'usage de la souffrance et du sexe dans la spiritualité, le mysticisme, et par là, dans la magie, il est aujourd'hui toujours mal vu d'évoquer ces méthodes d'induction en transe extatique. Avec la libération sexuelle, la magie sexuelle, ou des pratiques spirituelles telles que le tantrisme, sont mieux acceptées, même s'il reste une sorte de réserve et de méfiance, comme si ces pratiques restaient malgré tout, et malgré tout ce que certains s'en défendront, des pratiques à éviter, mal vues car jugées liées à des moeurs légères ou débridées.  Comme s'il y avait la saine sexualité, celle dont parlent les magazines et qui se doit d'être à la fois libérée et restreinte à l'intimité d'un couple légitime (même si la légitimité n'est plus forcément synonyme de mariage), une sexualité ludique qui n'est pas destinée à sortir de ce cadre. Cependant, la libération sexuelle a de bon que globalement, tous reconnaissent la liberté d'un tout et un chacun de faire comme bon lui semble en ce domaine, tant que tout le monde est adulte et consentant.

Il en va très différamment de l'extase induite par la douleur, sans même parler de mutilation (ceci étant déjà fermement condamné, ou du moins pas toujours bien vu, dans l'Antiquité) ou de souffrance pouvant causer la mort. Je pense bien évidemment ici à l'usage du fouet dans les covens wiccans dits traditionnels, gardnériens ou alexandriens, et tous ceux qui s'adonneraient à cette pratique. Combien de discussions se retrouvent dans les forums au sujet de cette question épineuse du fouet. Faut-il obligatoirement en faire usage? Est-ce utile? Efficace? ... Et en fin de compte, est-ce que c'est mal? Dans ces conversations, il est très souvent dit en faveur de l'usage du fouet qu'il ne doit servir qu'à battre légèrement la peau de sorte de réguler la circulation sanguine et ainsi, permettre l'induction en transe. Ceci est vrai, et est mis en avant afin de dédiaboliser cet outil de l'Art. Mais en vérité, ceux qui usent du fouet reconnaissent également l'usage du fouet dans le but de causer la douleur, en certains cas, car la douleur est connue depuis longtemps pour amener à l'extase. Parce que, tout simplement, ça marche. Les sorciers sont des gens qui ont le sens de ce qui est pratique d'une part, et que d'autre part, ils restent des héritiers des anciens cultes à mystères (même s'ils ne sont pas des héritiers en ligne directe) qui connaissaient les pouvoirs de la douleur comme de l'orgasme, des gens qui ont suivi un cheminement initiatique long et laborieux, préparant les plus persévérants et les plus dévoués à leur quête à la révélation de secrets, ces si connus secrets d'ordres mystiques ou de cultes mystérieux. Des secrets qui tiennent moins en des paroles ou des objets qu'au vécu extatique qui ne peut être que secret à ceux qui ne l'ont pas vécu.

Alors, tout comme le fantasme a pris un sens commun dans le domaine de la sexualité, un désir rêvé et souvent irréalisé, le démembrement et l'annihilation reste un fantasme rêvé ou cauchemardé de notre civilisation, qui sent qu'il y a quelque chose de fort là-dessous, mais où l'horreur se mêle à la fascination. Voilà pourquoi nous lisons des textes comme ceux du dialogue de Shiva et de Kali avec ce que les Anglais appellent "awe" : une forme de crainte mêlée de respect pour une force qui nous dépasse et nous attire. Death is the Road to Awe ... C'est le titre d'une musique du film The Fountain, qui m'avait littéralement bouleversée lorsque j'étais allée le voir au cinéma. Au passage, ce film rappelle que les Aztèques ou les Mayas n'en pensaient pas moins au sujet de l'extase dans l'anéantissement de soi.

Il faut nécessairement un cheminement initiatique pour parvenir à comprendre et vouloir vivre de telles expériences mystiques (sans conduire nécessairement à la mort), celles de l'abandon pieds et poings liés, la vue occultée par un bandeau, l'inconfort et enfin la douleur. Je vais faire ma trad' cette fois-ci, mais je ne peux que reconnaître pleinement l'utilité du fouet, de toute la rituélique des cordes et bandeaux, et ne chercherai pas à en nier les bienfaits. Sans pour autant en faire une obession, juste au même titre que tout le reste. On en revient aux fameuses huit voies magiques, celles qui libèrent l'esprit et permettent la levée, le contrôle et l'envoi d'énergie, où aucune des voies n'est plus ou moins importante qu'une autre mais où toutes permettent de mener à cette expérience sacrée et magique : l'extase. Ce sont des voies que chacun est libre d'emprunter ou non, sur lesquelles méditer, puisque rien n'est jamais une obligation. Juste une voie de connaissance et de sagesse, puisque celles-ci poussent sur les sols les plus fertiles comme les plus arides ...

Et en cette fin d'année, rêvons encore un peu avant que l'année ne s'achève ... Death is the Road to Awe ...

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28 décembre 2010

Danser avec le Chaos : Dialogue de Shiva et Kali

KaliOnShiva

SHIVA A KALI, SUR LA TERRE CHARNELLE

Tes pieds de lys! Tes doux pieds rouges!
Je les sens marteler sur moi,

marteler mon sternum, briser
mon coeur dans son écrin d'os,

briser mes os, briser ma colonne vertébrale,
me réduire en lambeaux et en sang. Extase.

Extase. C'est bien plus que la joie, ce
moment d'annihilation lorsque tu

arraches mon coeur et que tu bois mon sang,
lorsque tu te coupes la tête et que tu la jettes

aux chiens hurlants. Lorsque tes doux pieds
font de la musique sur mon corps mourant, j'ouvre

tout ce que j'ai toujours fermé à toi afin
que tu ne puisses rien laisser intact

ou qui ne soit pas détruit, je ne m'offre pas
pour une autre raison que de m'offrir,

et c'est seulement parce que je suis détruit
que je saurai finalement qui j'ai été.

KALI A SHIVA, SUR LA TERRE CHARNELLE

L'oeil est un organe curieux.

Il cligne, et tout s'arrête.

Il cligne, et le monde disparait.

Tu clignas.

Je n'ai jamais cessé de danser.

Tiré de Dancing with Chaos de Patricia Monaghan.
Traduction : Hédéra

Posté par _Hedera_ à 11:58 - Commentaires [2] - Rétroliens [0]
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